Crédit photo couverture: Yskparchem

Un billet écrit par notre collaboratrice, Perrine R. Rejoignez son groupe Facebook pour échanger sur la césarienne, l'AVAC et l'AVxC ou encore suivez-la sur Instagram.

                                                                     Crédit : Zoé Patte de Renarde

Gratitude et admiration envers cette belle Fâme qui a réalisé cette œuvre lors de notre conversation.

J’ai vécu trois césariennes programmées et, aujourd’hui,  je peux affirmer que ce n’était pas nécessaire. Elles ont été, en fait, ce que j’appelle maintenant des césariennes de confort pour le personnel médical.

Pourquoi ces trois césariennes m’ont été prescrites ? Les deux premières pour des bébés en siège et la troisième, parce que c’est la procédure normale après deux césariennes. 


Évidement, ce n'était pas à moi de choisir.


En effet, à l’époque, la parole du gynécologue était parole d’évangile pour moi. Après tout, il ne voulait que mon bien et celui de mon bébé non ?

Trois fois, mes récits de naissance se ressemblent, laissez-moi vous raconter l'histoire d'une césarienne.

Crédit photo : Clem Entine

Gratitude immense pour ta confiance.

Ça commence. Mon corps est bringuebalé, secoué, tiré, poussé et écarté. Je ne ressens pas de douleurs physiques, mais les sensations sont désagréables.

En l’espace de dix minutes, mon bébé est sorti et il m’est présenté, si près des yeux, que j’en viens à loucher. On me le garde ainsi pendant un long moment, ça me semble interminable. Je le sens si près et si loin à la fois…

Je suis toujours attachée et je ne peux rien faire. C’est insupportable!

Mon bébé s’en va faire la rencontre de son papa et moi, je dois attendre deux heures en salle de réveil, le temps que l’anesthésie cesse ses effets. 

C’est long, je vous assure, c’est vraiment long…

Quand finalement je retrouve mon bébé et son papa dans la chambre, je ressens un amour très très fort.  En fait, je me souviens être happée par cet amour en les observant dormir ensemble… mon homme devenu père et son petit bout !

Mais que venait-on, de vivre bébé et moi ? 

Comment allions-nous?

Sincèrement, j’en ai aucune idée.

C’était le néant qui m’habitait.


Crédit : Caroline Michèle

Gratitude pour le partage de ce moment de ta vie.

J’ai longtemps essayé de me convaincre en me disant que j’avais bien vécu mes césariennes, mais au fil du temps et des larmes qui coulaient lors de tentes rouges, j’ai dû me rendre à l’évidence; je portais des traumas.

                                                                                                                                   Crédit photo : Ange Lique

                                                                                            Merci pour ton joli bidou arborant ce « sourire ».

Mon chemin de guérison

Alors que j’attendais mon quatrième enfant, un peu de façon inconsciente, j’avais cette envie, non plutôt ce besoin viscéral, d’enfanter mon bébé. 

L’idée d’une autre césarienne m’horrifiait tout simplement. 

Et puis, vint la dernière tente rouge à laquelle j'ai assisté avant le premier confinement en France. C’est une amie doula qui facilitait le cercle et je crois qu'elle a dû lire dans mes pensées puisque cette journée-là, elle m’a apporté le livre du Dr Michel Odent : «Césariennes: questions, effets, enjeux ». 

Ce livre m’a complètement bouleversée, moi qui a vécu trois fois cette opération, mais qui est aussi un bébé né jadis par césarienne d’urgence. Depuis, je n’ai jamais cessé de m’informer. Je lis continuellement au sujet de la naissance et j’avoue même avoir lu certains livres plus de trois fois! 

Un jour, j’ai eu cette vision accompagnée d’une sensation très forte de la tête de mon bébé qui sortait de ma Yoni. Et là, je ne doutais plus. C’était très clair;  je voulais donner naissance à mon bébé vaginalement, et ce, chez moi, sans assistance! 

Par acquit de conscience, j’ai contacté une sage-femme qui accompagne les accouchements à domicile, mais bien évidement, ce n’était pas possible d’être suivie pour un AAD à la suite de trois césariennes. 

Peu importe, ma décision était prise, rien n’allait me faire reculer à ce stade. 

Je le sentais dans mes tripes, je ne faisais rien par dépit.

Mon gynécologue, m’ayant bien rassurée à la sortie de mon dernier accouchement quant aux capacités de régénération de mon corps, m’a inspiré ce mantra que je me suis répété en continu tout au long de ma grossesse :

 

« J’ai autant de chance de réussir mon AVAC qu’une femme qui n’a vécu qu’une seule césarienne. » 


Je le savais au fond de moi, tout irait bien. 

Si vous saviez comme j’ai parlé à mon bébé; J’ai bien pris le temps de lui raconter la naissance, mais aussi de lui parler de la position « idéale », tout en lui répétant, bien évidement, de naître comme c’était confortable pour lui de le faire. Et magie! De mes quatre grossesses, c’est le seul qui s’est présenté la tête en bas. Bon, il était placé en postérieur, mais quel soulagement !

Vers le septième mois de grossesse, j’ai décidé de m’inscrire dans une maternité histoire qu’on me laisse tranquille. Je me suis donc retrouvée à négocier une césarienne à 39+6 SA, le plus tard possible.

Environs une semaine avant la date que je redoutais, j’ai fissuré un feuillet de la poche des eaux. Un peu paniquée, j’ai pris le temps de m’informer et lorsque que je me suis sentie rassurée, j’ai choisi de rester chez moi. 

Vint la veille de la césarienne. Toute la journée, j’ai pleuré sans cesse, tout en inventant mille et un prétextes pour éviter de me rendre à la maternité. Et c’est là que cette même amie doula au 6e sens aiguisé, m’enverra ces quelques mots tout simples, mais qui ont définitivement changé le cours des choses :


« C’est ton corps, ton bébé. Personne ne peut t’obliger à y aller et tu n’es pas obligée de les prévenir non plus, ça, c’est ton choix! »


Crédit photo : Yskparchem

Merci pour ta poésie en image !

Je me suis sentie fracturée en deux; il y avait d’un côté, la petite fille sage, vous savez, celle qui se rend toujours aux rendez-vous et qui ne peut concevoir de ne pas prévenir en cas d’imprévu? Et de l’autre, la femme sauvage en moi qui hurlait que ce n’était pas ce qu’elle voulait!

Dans toute sa sagesse, mon homme m’a dit : « Ce n’est pas rien quand même, on va t’ouvrir le ventre ! Je suis avec toi quoique tu décides, mais si c’est ce que vont penser nos familles qui t’inquiète, ne t’en fais pas, je gère.»

Soulagée, j’ai décidé de ne pas m’y rendre. 

Cette nuit-là, je me suis endormie à quatre heures du matin après une séance d’hypnose avec une doula québécoise. Le lendemain, je me suis réveillée à onze heures, tandis que mon admission était prévue quatre heures plus tôt. Je me sentais légère et alignée et ça, c’était bien la première fois de ma vie!

Cependant, dans mon état, j’étais définitivement trop fragile pour entendre les peurs du personnel médical, j’ai donc fait le choix de ne pas faire de suivi concernant l’absence à mon rendez-vous plus tôt. 

Mon premier enfantement ( mon AVA3C)

Mon corps s’est mis au travail le soir-même et ce, à une vitesse phénoménale ! Les vagues se succédaient et elles duraient ce qui m’a semblé être plusieurs minutes. J’ai vomi trois fois et malgré cet indicateur, j’étais subjuguée par la rapidité du travail. Une femme primipare n’a-t-elle pas, en moyenne, un travail qui dure entre dix et douze heures ?

Ah, ce satané conditionnement… j’ai donné naissance en trois heures et demie!

Mais revenons en arrière. J’ai demandé à aller à la maternité, alors que j’étais en phase de désespérance (au sommet!) et que la piscine d’accouchement venait tout juste d’être remplie. À peine dix minutes suivant notre départ, j’ai commencé à sentir mon corps pousser. J’étais ébahie par toute cette puissance. Quelle sensation incroyable! 


Me voilà devenue ourse, je gronde, je souffle et ne manque pas à impressionner le papa du même coup !

 

Je vous épargne quelques détails, mais disons simplement que je suis arrivée à la maternité (non, pas celle qui m’attendait pour une césarienne en matinée) escortée par le médecin de premier recours et les pompiers.

J’ai eu droit à un comité d’accueil d’une quinzaine de personnes qui semblaient toutes vouloir procéder à une césarienne d’urgence, chose à laquelle elles ne parviendront pas. Dix minutes de poussée dirigée, couchée sur le dos, (en position gynéco, celle que je redoutais) et mon bébé était né.

Il n’y a pas de mot pour décrire cette sensation du corps qui s’ouvre pour faire naître son bébé, mais au risque de me répéter, le seul qui me vient, c’est PUISSANCE! Oui, c’est vraiment ça, c’était d’une force et d’une intensité incroyable! Qu’est-ce que j’étais heureuse de finalement connaître ces sensations.

Par contre, comme c’est fréquent en milieu hospitalier, mes premières heures avec mon bébé m’ont été volées...

Pour un cordon prétendument trop court, nous avons d’abord eu droit à un clampage précoce. Ensuite, à peine bébé né, le médecin a tiré sur le cordon pour sortir le placenta, ce qui a causé une hémorragie. Finalement, révision utérine sous anesthésie générale, on me fait quatre points de suture pour une déchirure, et ce, de façon extrêmement maladroite.

Mise à part un :« C’était un peu imprudent madame. », personne n’a cru bon me dire quoique ce soit. Le séjour s’est très bien passé, j’ai même trouvé le personnel bienveillant et ouvert. Je dois dire qu’avec la chaleur accablante, j’accueillais les gens dans la chambre en slip filet, bébé en peau à peau non stop. Ils ont dû se dire qu’il valait mieux me laisser tranquille !

Fierté et résilience

J’ai fait la quasi-totalité du travail seule avec le papa, chez moi. J’étais dans mon salon avec ma couverture douce placée au sol, mes bougies, mon encens, ma playlist et mon ballon. 

J’ai su trouver cette force en moi, j’ai su lâcher prise et mon homme a pu faire la connaissance de la femme sauvage qui sommeillait en moi. 

Je regrette un peu de ne pas m’être préparée à cette phase de transition, celle qu’on appelle si joliment en France, la phase de désespérance. Je regrette aussi de ne pas avoir engagé de doula pour être présente avec moi à ce moment-là, mais malgré un passage à la maternité qui a encouru quelques violences à moi et mon bébé, l’expérience fût transcendante. 

Depuis, je chemine aux côtés de femmes dans le but de les accompagner à reconnecter avec leur instinct et à retrouver leur pouvoir. Je comprends maintenant que j’avais à vivre ces césariennes pour devenir celle que je suis et faire ce que je fais aujourd’hui. C’était le chemin que je devais prendre pour découvrir ma mission de vie et je peux dire que cette naissance m’a guérie de mon passé et de mes traumas.

Je pense qu’au même instant que le bébé, naît la femme puissante, celle qui a confiance en la vie et en ce rite de passage profondément transformateur et porteur de guérison qu'est l'enfantement.

Je suis femme.

 Je suis pleine et entière. 

Je suis puissante.

-Perrine R.

                                                               Crédit photo : Maude Liotard , Bonne Nuit Mon Ange 

                                                               Merci pour la douceur de ton partage !