Le tissage est la dernière étape du vortex de la naissance. Elle commence en postnatal immédiat et dure toute la vie. Le tissage, c’est le RÉCIT DE NAISSANCE, l’histoire de l’arrivée de cet enfant dans cette famille, de cette femme devenue mère, de ce couple devenu parents.

Le tissage de la naissance évolue dans le temps

On dit que le temps arrange les choses, il tisse aussi les récits de naissance.

Le temps tisse les histoires d’enfantement et construit les nouvelles identités de femmes, mères, pères, familles et ultimement, d’humanité. 

On n’oublie pas les naissances de nos enfants parce que chacune d’elles tisse une partie de notre identité.

Crédit photo : Bertille Pics

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L’utérus, le cerveau féminin

Comme le dit si bien Michel Odent :

«C’est la science qui sauvera la naissance.»

En 2018, une étude sur des rates à qui on a pratiqué une hystérectomie en laissant en place les ovaires a démontré que les femelles avaient des problèmes de mémoire suite à l’opération.

L’explication serait que l’utérus et le cerveau communiquent entre eux par le système nerveux autonome. Les auteurs rapportent aussi un lien entre la démence précoce et l’hystérectomie chez les femmes qui subissaient l’intervention avant leur ménopause. Une hypothèse est donc avancée pour le développement de l’alzheimer précoce chez les femmes a qui on a enlevé l’utérus. (Réf. ici)

Alors que la science a toujours réduit l’utérus a sa fonction de reproduction, on commence à comprendre qu’il aurait un rôle dans la fonction cognitive et cérébrale des femmes. En d'autres mot, l’utérus serait comme un cerveau supplémentaire que seules les femmes ont.

L’utérus, un métier à tisser.

Si on regarde cette notion «d'utérus-cerveau-féminin» avec une analyse quantique, cela expliquerait la capacité psychique des femmes à voir et sentir certaines choses au-delà du visible. Ça aussi expliquer pourquoi les femmes sont facilement capables de faire et penser à plusieurs choses, sur plusieurs niveaux à la fois!

J’ajouterais aussi, puisqu’on parle de l'utérus comme d'un métier à tisser, qu’une femme qui enfante dans sa puissance inscrit/active une mémoire positive dans son utérus. À l'opposé, une autre qui enfante de façon traumatique en inscrit une négative/traumatique. D’où l’importance d’un bon tissage.

Respecter la naissance pour optimiser les tissages

Quand on reconnaît le tissage de la naissance comme un continuum du devenir parent et famille, on comprend l’importance d’optimiser l’émancipation des femmes à travers l’enfantement.

Une femme qui s’émancipe à travers son expérience de grossesse et d’enfantement sera une mère en meilleure santé. Même l’OMS en parle à travers chacune des 210 pages de ses 56 recommandations intrapartums publiées en 2018, en plus, l’organisation avance que c’est en mettant l’emphase sur l’émancipation des femmes à travers leur expérience de grossesse et d’accouchement que nous pourrions diminuer le taux de mortalité néonatale et infantile à travers le monde. [1]

Un trauma de naissance nuit au tissage des nouvelles familles

La science démontre qu’une expérience d’accouchement traumatique est associée à une augmentation des problèmes mentaux comme la dépression et le syndrome de choc post-traumatique chez la mère. On sait aussi qu’une santé mentale affaiblie en postnatal peut nuire à l’estime maternelle, aux relations de la nouvelle mère avec sa famille et au lien d’attachement maman-bébé, ce qui aura forcément un impact sur le développement social, émotionnel et mental de l’enfant.

On sait même qu’une expérience d’accouchement traumatique influencera les décisions de la femme concernant ses enfantements futurs. La femme pourra même en venir à choisir d’enfanter seule chez elle pour éviter un autre accouchement avec son médecin ou sa sage-femme.[2]

Il est primordial d’accompagner le tissage d’une naissance qui ne s’est pas déroulée comme souhaité, sinon c’est toute la dynamique familiale à long terme qui est en jeu ici. Si on ne peut pas changer le déroulement du passé, on peut toujours tisser solidement les acquis de notre résilience.

Seulement, cela ne se fait pas tout seul. Il faut de la lucidité, du soutien et du temps. En fait, pour tisser sa maternité suite à un trauma il faut souvent commencer par détricoter un peu, beaucoup.

Quand il faut détricoter une naissance

Si tricoter est un art détricoter en est un autre quand on parle de tisser la naissance.

Imaginez un métier à tisser dont les premiers rangs de tissage sont tout emmêlés par un trauma de naissance. Si on fait comme si de rien n’était et que l’on continue à tisser après ces premiers rangs, mal partis, forcément on se retrouvera avec un tissage un peu (ou beaucoup) anarchique.

Il en va de même avec la parentalité.

Sans vouloir vous offusquer en comparant la famille à un tapis, l’image du tissage est à mon avis la plus puissante pour représenter la beauté d’une famille et la force d’une lignée.

Si vous commencez le tissage de votre maternité/paternité sur un trauma de naissance ni accompagné ni même reconnu, voire nié, les premiers rangs du tissage de votre famille seront désalignés et donc plus difficiles. Avant d’aller plus loin, il faudra d’abord détricoter, ou détisser, pour ensuite tisser votre famille d’une manière plus alignée.

Comment détricoter une naissance?

Je pourrais écrire 5000 mots sur le sujet mais je tenterai de faire bref. Détricoter une naissance consiste à revisiter le récit de naissance et à déconstruire chaque étape où la femme a eu le sentiment de perdre le contrôle, de ne plus décider.

On reprend chaque moments, un par un, et on se réaligne sur les trois prémisses de la naissance pour questionner ou justifier le déroulement de l’histoire.

Voici les trois prémisses :

  • La femme a tout ce qu’il faut en elle pour accoucher son bébé et le placenta qui vient avec.
  • La naissance est un processus physiologique normal, intime et sécuritaire qui n’est pas à priori médical.
  • Les bébés ont la force et la sagesse de naître.

Par exemple, si la femme a eu une césarienne pour un bébé qui ne descendait pas après avoir été à dilatation complète pour deux heures sans envie impérieuse de pousser. Dans ce cas précis, détricoter la naissance consistera à réviser la physiologie de la quiétude et de la marée (voir ma préparation virtuelle ou lire ce billet) pour conclure que le problème est davantage les protocoles médicaux qui ne laissent pas assez de temps aux bébés pour descendre à travers le col de leur mère plutôt que le corps de la mère elle-même.

Au final, on ne changera pas le fait que la femme a eu une césarienne, mais pour la femme de savoir que c’est davantage l’enjeu de l’hyper médicalisation de la naissance qui est le problème et non l’incapacité de son corps à enfanter, et bien, ça changera tout dans la suite du tissage.

À l’opposé, si par exemple le bébé ne s’est jamais placé et qu’il a donné des signes clairs qu’il avait besoin d’aide pour sortir du ventre de sa mère, on en viendra à dire qu’il a eu la sagesse de mettre sur le chemin de sa naissance des gens lucides et compétents pour avoir les interventions nécessaires à sa venue au monde.

Détricoter une naissance pour que la femme reprenne le pouvoir de son tissage.

Peu importe l’histoire, détricoter une naissance difficile permettra de restituer le pouvoir initial à la mère, au bébé et à sa famille, en redonnant aux professionnels leur juste part de responsabilité et en soulignant les enjeux du paradigme médical de la naissance.

Détricoter une naissance ne consiste pas à démoniser l’équipe médicale impliquée, mais plutôt à faire ressortir les enjeux et les forces dans chaque histoire unique d’accouchement, et ce, en redonnant le pouvoir d’enfanter aux femmes et la capacité des bébés à naître. Au final on redonne la juste part d’importance et de responsabilités à chaque acteur impliqué dans l’histoire. 

Si les médecins et sages-femmes sauvent parfois des vies, il ne faut pas oublier que la grande majorité du temps, ce sont les femmes qui enfantent, les bébés qui se mettent au monde et que c’est la vie qui triomphe.

Comment bien tisser la naissance?

D’abord, il faut savoir que le tissage évoluera dans le temps et que c’est la femme la tisserande, pas le médecin ni la sage-femme ni la famille autour. C’est à travers elle que le bébé est passé, qu’il soit sorti par sa yoni ou son ventre.

Il faut la laisser parler, raconter, lui offrir l’espace pour cela. On peut lui demander « Penses-tu à l’accouchement? » ; « Veux-tu me raconter? » ; « Qu’est-ce qui remonte en ce moment? » ; « Où en es-tu dans ton tissage? »

On ne peut pas tisser à la place de la femme mais on peut la témoigner, l’accompagner, écouter sans juger et lui dire qu’elle le fait, que c’est beau, qu’on est là avec elle, qu’elle le fait bien et qu’elle a raison.

Surtout, il ne faut JAMAIS tenter de lui faire dire le contraire. Des phrases comme « Au moins ton bébé est vivant » « Par chance, tu as accouché à l’hôpital… » « Cette idée de vouloir accoucher chez toi aussi! », etc. NE SONT PAS UTILES !

D’abord on ne sait pas. Si elle avait choisi d’enfanter seule chez elle, elle aurait peut-être eu son bébé en deux heures sans souci. Peut-être que non et qu’après un temps elle aurait choisi d’aller à l’hôpital pour chercher de l’aide. Ou peut-être aussi elle se serait réveillée ce matin-là en tombant du lit et son bébé serait mort. Bref, on ne peut pas savoir. Comme on ne peut pas savoir si vous ou les gens que vous aimez vont être encore là demain. Parce que c’est comme ça la vie.

Bref, devant une femme qui tisse, ne cherchez pas à tisser à sa place. 

Le tissage évolue et les motifs prennent forme

Dans les premiers jours suivants la naissance, la femme repense à l’accouchement en restant bien collée sur les sensations physiques « Wow! C’était intense! » « My Goddess que ça a fait mal! », « Merde, je n’ai vraiment pas eu l’accouchement que je voulais…», ou au contraire, « J’ai réussi à accoucher comme je voulais.»

Ensuite, à mesure que les jours et les semaines passent, les pensées évoluent, le récit se définit, la femme oublie la douleur/intensité et garde en mémoire sa fierté, sa victoire… ou encore, son sentiment d’échec, ses doutes.

Après quelque temps, si les doutes persistent les vraies questions surgissent… « Pourquoi on a fait ça? » ; « Et si on avait fait ça? » ; « Et si c’était à refaire je ferais quoi? » ; « Est-ce que j’avais vraiment besoin de cette césarienne? Cette ventouse? »

Le tissage d’une naissance dure toute la vie.

Les femmes, les mères, ont besoin de revisiter leurs enfantements, de raconter, de tisser les victoires, et les deuils.

Pensez à la vieille femme de 90 ans qui se souvient encore de ses accouchements comme si c’était hier. Les femmes n’oublient pas leurs histoires d’enfantement. C’est marqué en elle comme une mémoire cellulaire de leur identité. Parce que l’utérus est un cerveau de plus qu’on les femmes.

Si le tissage est bien fait, qu’il est accompagné avec bienveillance et respect, la femme tissera mieux sa nouvelle maternité.  Si au contraire son tissage est négligé, nié et refoulé, alors la nouvelle mère est plus à risque d’isolement, de dépression, d’étouffement dans sa maternité.

Un bébé vivant en santé et un accouchement voie basse ne sont pas les seules finalités victorieuses d’une naissance. Une mère émancipée en paix avec son rôle et sa participation dans les décisions entourant l’accouchement est tout aussi importante.

Si on vise l’émancipation des femmes pendant leur grossesse et accouchement, tel que le préconise l’Organisation Mondiale de la Santé, forcément on tissera collectivement de plus belles naissances et des maternités plus épanouies, donc une plus belle humanité.

Révolution postnatale et tissage

Avec la révolution postnatale qui est en émergence présentement, il faudra nécessairement parler et accompagner le tissage adéquatement. Je m’engage à jouer ce rôle à mon échelle. Dans les prochaines années, je vous parlerai de plus en plus de tissage, et forcément, ces tissages mèneront vers l’éveil de la féminité/maternité sauvage, intuitive, libérée, émancipée…

L’écologie des naissances pour mieux tisser l’humanité

Il y a urgence d’agir si on veut sauver notre planète la Terre. La crise chaotique du climat mondial n’est plus qu’une théorie qu’on tente d’expliquer à nos parents sceptiques. L’hémorragie est si massive qu’on commence même à douter que l’humanité s’en remettra.

Je crois (et je ne suis pas la seule) que c’est d’abord en changeant la façon de naître qu’on pourra prolonger la survie de l’humanité.  


https://neurosciencenews.com/memory-hysterectomy-10313/

[1] WHO recommendations: intrapartum care for a positive childbirth experience. Geneva: World Health Organization; 2018. Licence: CC BY-NC-SA 3.0 IGO. P. 119    

[2] Reed et al. Women’s descriptions of childbirth trauma relating to care provider actions and interactions BMC Pregnancy and Childbirth (2017) 17:21