À qui revient le choix du lieu de naissance?

 Un enfant, la plupart du temps ça se fait à deux . Et bien que le partenaire n'est pas celui qui porte et accouche l'enfant, sa participation et son support dans les prises de décisions sont toujours plus que souhaitables.

Cela dit, quand la femme veut accoucher dans un lieu et que son ou sa partenaire ne supporte pas ce choix, comment trancher? Quel est le chemin pour une décision finale harmonieuse? Quoi faire quand on part d'un désaccord sur un sujet aussi important que le lieu de naissance?

C'est la femme qui enfante après tout.

Les réponses à ces questions sont à la fois simples et complexes. C'est la femme qui enfante et au final le plus important, c'est qu'elle se sente en sécurité le jour de son accouchement. 

Si la femme qui enfante se sent en sécurité pendant l'accouchement, son cerveau primitif (celui qui orchestre la mise au monde) va comprendre que l'environnement est favorable, et donc, il va donner le okay à la symphonie hormonale de la naissance. 

Or, si la femme enfante dans un environnement où elle se sent menacée, où on lui demande de faire des compromis sur son bien-être, sur ses besoins et sur ses désirs, son cerveau primitif va capter que l'environnement est menaçant, et donc,  il va bloquer les hormones de la naissance. Parce qu'il se dire que ce n'est pas sécuritaire d'enfanter dans cet environnement. 

Le choix ultime revient donc toujours à la femme.

S'il y a bien un moment dans la vie d'une femme où ce qu'elle veut et ce qu'elle souhaite doit être au centre de l'attention et des décisions, c'est bien pendant la grossesse, l'enfantement et le postnatal immédiat.

Depuis que le monde est monde les femmes enfantent l'humanité. Et si l'Homo Sapiens a survécu jusqu'ici, ce n'est pas parce que l'homme disait à la femme comment faire pour mettre au monde ses bébés. 

Au contraire, depuis que le monde est monde l'homme s'est toujours prosterné devant la divine et magique capacité des femmes à faire pousser un ventre jusqu'à plein comme la lune et à en laisser émerger un humain. 

Mon mari veut que j'accouche à l'hôpital et moi pas. Quoi faire?

D'abord j'aimerais me faire rassurante. À priori, un homme qui refuse à sa femme d'accoucher où elle le souhaite n'est pas une cause perdue d'avance.  

Je vous assure qu'après plus de deux décennies à côtoyer les naissances, je l'ai entendu plusieurs fois cette phrase-là, et chaque fois, l'histoire ne se finissait pas pour autant par un compromis de la femme. 

Pour moi, cette situation au sein du couple qui s'en va enfanter, elle parle d'un besoin de dé-tricotage et de ré-alignement, c'est tout. 

Quand le ou la partenaire exprime sa résistance à accoucher ailleurs qu'à l'hôpital alors que c'est clairement le souhait de sa conjointe, il ou elle nous exprime plusieurs choses avec cette résistance. 

Son besoin de contrôler coûte que coûte. 

Le besoin de contrôler arrive chez les femmes comme chez les hommes. Ce n'est pas une question de genre. C'est même un comportement humain complètement normal et étroitement lié à notre instinct de survie quand notre système nerveux se sent menacé.

Le refus du ou de la partenaire à supporter le choix du lieu de naissance de sa femme, parle souvent d'une insécurité et d'une peur de perdre le contrôle.

Tout son être se crispe à l'idée d'accoucher autrement que selon la façon dont il ou elle a toujours pensé comme étant LA façon la plus sécuritaire d'accoucher.  

C'est comme si tout son être lui criait:  

L'accouchement est dangereux et IL FAUT accoucher à l'hôpital. Mais là ma femme ne comprend pas cette évidence alors pour la protéger, parce que je l'aime plus que tout, je vais lui imposer MON choix en fonction de ce que MOI je pense, parce que MOI je sais mieux qu'elle ce qui est bon pour elle et notre bébé. Deal!

Un manque de connaissances et d'éducation. 

On a tellement été programmés depuis le ventre de notre grand-mère (parce qu'on était dans les ovaires de notre mère), à craindre les naissances et à penser qu'on peut en mourir, que c'est tout à fait normal d'en avoir peur quand on s'en va accoucher à l'ére moderne. 

On nous a tous lavé le cerveau avec des phrases comme, avant les femmes mourraient en couche parce qu'elles accouchaient à la maison, ou encore, l'hôpital est l'endroit le plus sécuritaire pour accoucher qu'on est à peu près tous et toutes convaincus à l'ère moderne que l'hôpital est l'endroit le plus responsable pour aller accoucher. 

Or, on n'est plus dans l'ancien temps où on n'avait même pas encore compris l'importance de se laver les mains quand on passait de la morgue à une naissance!

On n'est plus dans l'ancien temps où on n'avait pas toutes les compétences nécessaires encore pour évaluer la naissance, voir venir les complication et savoir exactement quoi faire quand il y a une urgence. 

Aujourd'hui on a des tonnes d'études scientifiques randomisées contrôlées (donc extrêmement bien faites et fiables) qui ont étudié des centaines de milliers de naissances à domicile et qui ont conclue que:

Pour des accouchements dont les conditions sont comparables et pour une clientèle sélectionnée à bas risques, les taux de mortalité et de morbidité périnatales sont égaux ou légèrement inférieurs à domicile . (1)

C'est normal de penser que naître est dangereux quand on ne comprend pas à quel point la naissance est un événement physiologique qui se déroule le plus normalement du monde quand on respecte le processus, que la femme est en santé, que la grossesse s'est bien passé, que l'accouchement se déroule normalement et que le bébé se porte bien.

Trauma et malconception de la naissance. 

Un autre point à prendre en considération quand une femme nous dit que son mari refuse son choix en lien avec le lieu de naissance qu'elle désire, c'est celui des traumas non résolus. 

Imaginons que le dit mari porte en lui un trauma encore actif en lien avec les naissances. Dans un tel scénario, c'est tout à fait normal qu'il cherche à prioriser ce qui dans sa conception est le plus sécuritaire, c'est-à-dire l'hôpital. 

Prenons l'exemple d'un père qui a eu son premier enfant avec une autre femme. Imaginons que cette première femme a failli mourir quand elle a mis au monde leur enfant.

Si le trauma lié à cette naissance n'a pas été guéri, bien sûr que ce père va paniquer à l'idée que sa nouvelle femme enfante dans leur salon.  C'est tout son corps qui lui dit NON. Son cerveau primitif associe naissance à danger de mort, et salon à espace de vie pour se reposer et profiter de la vie, pas pour accoucher. 

Tant qu'une bonne sage-femme, doula, médecin, psychologue ou thérapeute n'aura pas pris le temps de libérer les mémoires associées à cette naissance traumatique, le père en question ne se sentira pas en sécurité avec un scénario de naissance qui s'éloigne du lieu qui a sauvé la vie de la mère de son premier enfant. 

Encore là, il faut dé-tricoter et éduquer. Expliquer la physiologie, ce qui fait qu'une naissance est sécuritaire, comment on sait qu'il faut aller chercher de l'aide avant que l'urgence arrive, ce qu'on fera si urgence il y a, etc. 

Dans un tel suivi, le père devient un peu l'épicentre du futur plan de naissance. Tant que les secousses sismiques de ses programmations et traumas en lien avec la naissance n'auront pas été apaisés, il ne sera pas en paix et encore moins à bord d'un projet de naissance à domicile. 

Entre le sacrifice et un choix de couple aligné.

Cette situation du mari qui refuse à sa femme le choix de lieu de naissance a des risques monumentales tant pour la femme, le mari, le couple et l'avenir de la famille. Dans un sens ou dans l'autre, quand un ou l'autre se sacrifie, par amour, par soumission, ou encore, par dissociation, le couple est forcément exposé à l'effet boomerang de la situation. 

Si la femme abdique pour rassurer son mari et qu'elle va accoucher à l'hôpital.

Imaginons que la femme accepte d'aller accoucher à l'hôpital pour rassurer son mari. 

D'avance ici, elle se met de côté. Elle refoule ce qu'elle veut vraiment dans ses tripes jusqu'à se convaincre qu'elle pourra de toute façon le faire à l'hôpital. Parce qu'elle a tout en elle et que ça va bien aller.  Elle accepte par amour pour son mari, de s'exposer à tous les risques inhérents d'aller accoucher dans un endroit où elle se sent d'avance menacée. 

Scénario 1

Si l'accouchement se passe bien malgré tout, la femme pourra se dire que c'était pas si pire finalement et qu'elle arrivera à la convaincre d'accoucher à la maison au prochain bébé. 

Mais elle pourrait aussi en venir à se dire qu'elle aurait pu accoucher chez elle finalement, et donc, en vouloir à son mari d'avoir fait un tel compromis pour rien. 

Alors que le mari lui sera tout content tout court que tout se soit bien passé, il ne verra probablement pas venir ce boomerang de ressentiment que sa femme vit maintenant en conséquence à l'énorme sacrifice qu'elle a fait par amour pour lui. 

Scénario 2

Si l'accouchement à l'hôpital tourne au vinaigre. Imaginons que la femme termine en césarienne, ou avec une épisiotomie qui lui laisse un périnée déchiré au troisième degré.

Alors la femme revient chez elle avec un trauma de naissance à guérir et un bébé à materner. Un trauma que tout le monde, évidemment, va nier en lui disant:

Par chance que tu étais à l'hôpital finalement. Si tu avais accoucher chez toi comme tu voulais, tu serais surement morte!

Et pendant que tout son être lui crie que si elle avait accoucher chez elle, tout aurait été différent, elle se demande comment elle pourra guérir d'une telle chose et constate même que son bébé aussi semble avoir vécu un trauma de sa naissance, puisqu'il pleure beaucoup et qu'il a du mal a tété. Elle espère que son compromis au nom de l'amour pour son mari ne lui coûtera pas en plus son allaitement. 

Dans un tel cas où la femme se retrouve blessée par l'énorme compromis qu'elle a fait par amour pour son mari. Son cerveau primitif pourrait l'amener à conclure que c'est la faute de son mari si elle et son bébé se retrouvent en postnatal dans cet état là. 

Imaginons maintenant que le mari fini par accepter et que l'accouchement a lieu à domicile. 

Ici, il y a deux options possibles.

Soit le mari le fait par compromis pour l'amour de sa femme, sans vraiment faire de travail personnel et en espérant pour le mieux, sans trop y croire vraiment. 

Soit il y va all in.  

Il transcende ses peurs, s'en libère, reconnaît ses traumas et accepte d'entamer une guérison. Il fait le choix AVEC sa femme. Ils sont ensemble, en couple, dans leur projet de naissance à domicile.

Scénario 3

L'accouchement se passe à domicile mais il y a finalement un transfert, ou même une grosse urgence.

Heureusement les sages-femmes font tout ce qu'il faut, le transfert a lieu et la naissance a lieu à l'hôpital. Maman et bébé se porte bien. 

Dans ce scénario, le couple sera soit ensemble soit en dissonance.

S'ils sont ensemble, les deux vont se dire qu'au moins ils ont essayé la naissance à domicile. Que c'était ce qu'il voulait mais que puisque la naissance s'est dévoilée autrement, ils sont allé chercher de l'aide quand ils en avaient besoin. 

Mais si le couple était plutôt en dissonance et que le mari avait fait un compromis sans faire le travail sur lui, il se peut qu'il en veuille à sa femme d'avoir pris un tel risque pour elle-même et leur bébé. 

Il se peut qu'il la rende responsable de son état post-traumatique à lui d'avoir témoigner une telle urgence et d'avoir touché à son impuissance et sa peur de la mort de sa femme et de son bébé. 

Alors que si ledit mari avait fait le choix de supporter l'accouchement à domicile après avoir fait le travail nécessaire, il n'ira pas dans cette réaction mais plutôt il sera dans la gratitude des sages-femmes et des soignants pour les bons soins qu'ils ont donné à sa femme et son bébé.

Il sera là pour sa femme qui rappelons-le, est celle qui a vécu l'urgence au premier plan. Il sera là pour elle sans nier ce qui lui est arrivé et sans la rendre coupable de ça. Il sera là pour elle et avec elle. Et c'est la médecine même qui l'aidera à accepter le deuil du transfert de la maison à l'hôpital, et à guérir de toutes les peurs qu'elle a pu avoir alors qu'elle vivait cette urgence. 

Scénario 4

L'accouchement se passe bien et tout le monde est heureux et en santé.  En gros c'est le scénario le plus probable d'arriver quand l'accouchement est spontané avec une femme en santé et une grossesse à bas risque. 

Ici tout le monde est contents, la femme arrive à l'aube de sa nouvelle puissance et le mari devient un papa convaincu que la naissance à domicile est la plus belle chose du monde!

Il devient ce père tout fier d'avoir attraper son enfant et de dire que son bébé est né dans le salon! Il a oublié ses doutes de jadis et il trouve que sa femme est vraiment la plus forte du monde. 

Le scénario 4 est le scénario idéal, on dira.
Moi j'aime à dire que c'est simplement ça, l'histoire de l'humanité. 

Ce n'est pas noir ou blanc, c'est plutôt une danse qui s'appelle LE COUPLE.

Je terminerai en disant qu'au final tout revient au couple. À la capacité de se voir et de se reconnaître, d'où on part et jusqu'où on veut aller, ensemble.   

Oui, à mon avis c'est la femme qui enfante qui devrait toujours décider ce qu'elle veut faire de son corps et donc du lieu où elle veut accoucher.

Mais l'idée ici n'est pas d'avoir à se battre avec son partenaire de vie pour arriver à enfanter dans sa pleine puissance. L'idée, c'est de se donner la main et d'adresser ce qui doit être adresser pour arriver à honorer le choix du lieu de naissance où la femme se sent bien et en sécurité d'enfanter. 

RÉFÉRENCES:

(1) L'accouchement à domicile, un libre choix éclairé, 2005, Ordre des sages-femmes du Québec. https://www.osfq.org/medias/iw/accouchement-libre-choix-mai-2005.pdf

(2) Homebirth Safety, Association of Ontario Midwives, https://www.ontariomidwives.ca/home-birth-safety