J'ai découvert le monde des naissances en 2001, avec la naissance de mon premier fils, Sévan. J'avais 21 ans. Je suis devenue doula l'année suivante, au tout début de l'émergence de ce «nouveau métier» de doula en Occident moderne. 

À l'Époque, en 2002, il m'a suffit de suivre une formation de 45 heures sur trois weekends pour être lâchée lousse dans le monde des naissances avec ce titre dont j'étais si fière: Accompagnante à la naissance 

J'avais 21 ans et toute l'arrogance de croire que j'étais prête à accompagner les naissances, parce que j'avais moi-même accouché l'année d'avant et que j'avais en main mon certificat de formation d'ACCOMPAGNANTE À LA NAISSANCE!

Mes débuts comme doula...

La vérité, c'est que je n'étais absolument pas prête à accompagner une naissance après ma formation. Et j'allais rapidement être rassise dans mon humilité avec mes premières nuits blanches à faire des pressions sur les hanches sans penser à ma posture ni à manger ni à boire!

La vérité, c'est que, même après ma formation, j'avais la naïveté de croire que toutes les femmes accouchaient aussi vite et aussi bien que je l'avais moi-même fait en sortant mon bébé et son placenta en moins de 4 heures. J'étais non seulement en plein transfert de mon propre vécu d'enfantement pas encore intégré, mais aussi tellement naïve. 

La vérité, c'est que j'allais même rencontrer la mort dès ma troisième cliente. Une mère de six enfants, tous en bas de 8 ans, qui a décédé d'une embolie pulmonaire une semaine après une césarienne d'urgence à 39 semaines.  

Comment ça que ça se peut une mère qui meurt en accouchant en 2002?
On fait ça comment être doula dans la mort d'une mère quand le sujet de la mort n'a même pas été effleuré dans ma petite formation de trois weekends?

Bref, quand j'ai commencé comme doula en 2002, j'avais encore tout à apprendre du monde des naissances. 

Ce sont les femmes qui ont fait de moi une doula.

Du haut de mes 22 ans et avec ma formation largement insuffisante, ce sont les femmes qui m'ont appris le métier de doula. J'ai appris sur le tas, comme on dit chez moi au Québec. 

Les femmes m'ont appris que chaque naissance est unique et qu'il faut toujours cultiver la curiosité du mystère.  

Elles m'ont appris sur la vie et sur la mort. Elles m'ont montré que l'art d'être doula est une posture qui prend vie dans la vibration du coeur, dans les silences et à même la moelle de notre humilité humaine. 

Doula jusqu'à n'en plus pouvoir des VOGs.

Après quelques années à travailler activement comme doula dans ma communauté, j'ai vécu une écoeurantite aiguë de toute la violence obstétricale que je témoignais presque à chaque fois qu'une de mes clientes accouchaient à l'hôpital.

Si aujourd'hui l'acronyme VOG existe pour parler des Violences Obstétricales et Gynécologiques, à l'époque les VOGs étaient un concept complètement nié de l'autorité médicale et donc absolument pas reconnu encore.

Bien sûr, j'en ai vu des naissances respectées à l'hôpital, mais si peu. À chaque fois, c'était parce que la mère arrivait soit en phase de transition ou en poussant.  Ils n'avaient donc pas le temps de faire quoi que ce soit que le bébé était déjà né.

Bref, des VOGs j'en ai vus et revus comme doula et après un certain temps je n'en pouvais plus de témoigner mes clientes passer de déesses qui enfantent l'humanité quand elles étaient chez elle, à des patientes prise en charge et victimes de la cascade d'interventions. 

Je n'en pouvais plus de mon impuissance de doula devant toutes ces violences où même parfois je me retrouvais impliquée et complice, parce qu'on me demandait de tenir la jambe de ma cliente et de l'encourager à pousser...

Et moi qui voulait dont me faire accepter comme doula dans cet hôpital, alors j'exécutais pour leur montrer que je savais travailler en équipe avec eux.

Vas-y! Pousse!!!

Et soudainement, je devenais en quelque sorte complice de leur VOGs.
Cercle vicieux. 

J'ai donc décidé de devenir sage-femme!

 De doula à sage-femme. 

Les premières années de ma formation pour devenir sage-femme, j'étais à la fois doula et l'apprentie d'une sage-femme traditionnelle hors système.
Oui, j'ai eu cette chance!

Après quelques années à apprendre à aux côtés de cette femme exceptionnelle, je suis rentrée au Bac Sage-Femme à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) où j'ai été formée pendant 5 ans pour devenir la sage-femme spécialiste en physiologie que je suis.

 Quand j'ai gradué, j'avais participé au suivi de grossesse et du postnatal de centaines de familles et vu et assisté à plus de 150 naissances, principalement à domicile ou en maison de naissance.

L'accouchement à la maison est ma spécialité comme sage-femme.
C'est tout ce que j'ai toujours fait.

Et la vie s'est dévoilée ; en 2011 j'ai commencé à travailler comme sage-femme à la maison de naissance de l'Estrie. J'ai commencé à bloguer la même année et c'est six ans plus tard, en 2017, que mon blogue, à l'époque sous le nom de karinelasagefemme.com, est devenu viral.

Entre temps, Sévan est tombé malade et notre vie s'est effondré.

J'ai quitté mon poste de sage-femme en mai 2018, enceinte d'Emrys. J'ai quitté pour ma grossesse certes, mais aussi pour m'occuper de mon Sévan qui devenait de plus en plus malade des suites d'un cancer rare et incurable du cerveau.
Si vous me suivez depuis un bout, vous connaissez mon histoire.

Sévan est mort le 7 mai 2020, au tout début de la pandémie et en plein confinement. C'est dans le deuil de mon fils que j'ai redécouvert la médecine des doulas et de toutes les nuances du terme DOULA LARGE SPECTRE.

Honorer et brûler notre fils en plein confinement, sans la présence de nos familles et amis, sans partager les rituels avec eux, sans leurs câlins et leur présence continue, ce fût notre réalité.

Me retrouver aussi seule dans la mort de Sévan, tout en étant mère de trois autres enfants dont un allaité, quand toute ma vie j'avais été celle qui tient la main des femmes qui enfantent, ou qui pleurent leur bébé envolé, c'est une solitude qui m'a certes traumatisée et que je suis encore en train de tisser quatre ans plus tard. 

Mes doulas du deuil.

Heureusement, l'histoire n'est pas que traumatique puisque, même en confinement, on a eu la chance d'avoir des personnes assez rebelles et sensées qui sont apparues dans notre vie et qui sont devenues nos doulas des premières semaines du deuil, Danielle et Francine. Gratitude éternelle envers ces femmes.

Elles sont arrivées sans même que je leur demande. Elles étaient des bonnes amies avant la mort de Sévan. Francine est doula et Danielle est une sage-femme traditionnelle qui a elle aussi déjà perdu un enfant...

Elles sont arrivées comme une lumière descendue du ciel. 

Mes souvenirs sont très flous, mais je me souviens de Danielle du haut de ses 73 ans qui arrive sur mon balcon, en plein confinement-mondiale-on-protège-nos-vieux-on-les-isole,  qui entre en me donnant un bec sur la bouche et en me disant:

«Je suis là et je n'ai pas peur de mourir! Je m'en viens m'occuper de vous.»

Danielle m'a nourrit à la petite cuillère quand j'étais devenue une limace de moi-même. Elle s'est occupée de mes enfants, les a fait rire et les a aimé pendant que moi je ne sais pas trop où j'étais. 

Je me souviens de lui demander:

«Comment tu as fait pour vivre après la mort de ton fils?» 

Et elle de me répondre:

«Tu sais ma chérie, ce n'est pas parce que j'ai moi aussi perdu un enfant que je sais comment toi tu feras.»

Ça m'a fait du bien d'entendre ça. C'est comme si ça m'a donné la pleine liberté de choisir de mourir ou de vivre, et que cela n'en tenait qu'à moi.

Je me souviens que Francine a dormi à la maison pendant plusieurs jours, alors qu'elle a elle-même six enfants à s'occuper. Je me souviens qu'elle endormait Emma chaque soir en répondant à ses mêmes questions posées en boucle jusqu'à ce que Francine trouve une réponse qui lui fait du sens.

Je me souviens d'elle qui tient mon bébé Emrys dans ses bras pendant que j'enroule Sévan dans le draps blanc tout en déposant sur lui des fleurs de Lilas et de pommiers, avant de lui donner son tout dernier baiser et de le pousser dans le feu de son éternité.

Je me souviens aussi de Marielle, ma doula de la logistique qui a gardé Quantik Mama en vie pendant des mois et surtout, qui a organisé un Mealtrain de deux mois pour nous nourrir et nous garder tous en vie.

Chaque jour autour de 5H PM, un repas était déposé dans la brouette pleine de fleurs et de photos à côté de la boîte aux lettres.

Je me souviens de Jadève, 15 ans, et Emma, 7 ans, qui chaque soir courraient vers la brouette découvrir le repas-surprise du soir. Elles y allaient comme un enfant court au sapin le matin de Noël.  

Grâce à ce MealTrain oragnisé par ma doula de la logistique Marielle, j'ai moi aussi pu manger au moins un minimum pour me garder en vie et maintenir ma production de lait pour Emrys...

C'est ÇA, la médecine d'une DOULA.

Ainsi donc est née l'École Quantik.

Après les trois premiers mois suivant la mort de Sévan, j'ai eu mon retour de couche
18 mois après la naissance d'Emrys. Avec ce premier sang sacré de mon corps de mère endeuillée, est arrivé à la fois la vision audacieuse et la mission inévitable d'ouvrir une ÉCOLE DE DOULAS LARGE SPECTRE. 

Avec mon sang sacré coulant entre mes jambes, j'ai carrément entendu Sévan me dire:

Vas-y mom! C'est ça qui va te garder en vie. C'est ta grande mission après moi. 

J'ai donc appelé ma complice, ma soeur et collègue sage-femme, Mélanie Loup, qui venait elle aussi d'accueillir son sang et d'avoir la même vision d'ouvrir une école de doulas avec moi!

Un moment de magie de l'invisible au visible que je me rappellerai toute ma vie.

C'est ce jour-là de l'été 2020 qu'on a dit OUI à créer ensemble l'École Quantik et la toute première formation francophone de DOULA LARGE SPECTRE au service de TOUS les passages de la vie, de la naissance à la mort. 

Une formation de doula large spectre

C'était clair qu'on ne voulait pas former des doulas qui accompagnent seulement la naissance. Dès le début, on savait qu'on allait s'inspirer de la Roue de la vie et de tous ses passages. 

Dès le début, on a statué que les doulas formées à l'École Quantik allaient être des DOULAS LARGE SPECTRE et qu'elles allaient en savoir un maximum sur l'accompagnement de tous les portails, de la naissance à la mort. 

Parce que donner la vie, c'est aussi donner la mort certaine à son enfant qui, on l'espère,  arrivera après une longue vie heureuse et en santé.

Parce que la vie, c'est long et c'est dur aussi. Que c'est rarement que juste des paillettes et des licornes.

 Parce que dans toute la roue de la vie, il y a encore tellement de tabous entourant les grands passages de la vie d'une femme. Pensons aux tabous des premières ménarches, de l'avortement, de la ménopause, des émergences spirituelles, de l'argent, du patriarcat...

La doula est AU SERVICE DE.

Selon Wikipédia, « l'étymologie du mot doula vient du grec moderne doúla (δούλα) qui signifie « travailleuse/servante ». (...) Les doulas ou « accompagnantes à la naissance » sont disponibles pour le couple dès la grossesse, pendant l'accouchement et jusqu’à plusieurs mois après la naissance. Une doula apporte un soutien émotionnel et pragmatique, offre une écoute, répond aux questions, discute des problèmes rencontrés et aide à trouver, si possible, des solutions. Elle accompagne dans les situations très difficiles comme une maladie, une dépression postnatale ou lors du décès d’un enfant. De manière générale, une doula accompagne les couples dans leurs choix sans les influencer. Enfin, elle s’engage à la confidentialité et se soumet au secret professionnel.» (8)

Les bénéfices d'une doula pendant la naissance.

Dans les deux dernières décennies, plusieurs études ont été faites sur les bienfaits d'avoir une doula pendant l'accouchement. En voici quelques uns:  (Réf. 1,2,3.4.5)

  • Un accouchement facilité;
  • Diminution de 50 % du taux de césarienne ;
  • Diminution de 25 % de la durée du travail ;
  • Diminution de 60 % de l'utilisation d'une péridurale ;
  • Diminution de 40 % de l'utilisation d'ocytociques ;
  • Diminution de 30% de l'utilisation des forceps.

En 2024, les bienfaits d'une doula sont si largement démontrés, que la suite la plus logique de ces évidences scientifiques à l'égard des doulas serait que les décideurs politiques mettent en place un réel programme de remboursement des familles qui engagent les services d'une doula. 

Qu'en est-il des bienfaits d'une DOULA LARGE SPECTRE?

Ils sont multiples et encore à ce jour innestimés et encore moins calculés. Cela dit, avec un esprit moindrement logique on peut facilement s'avancer sur de nombreux bienfaits quant à la médecine d'une doula large spectre.

Prenez n'importe quel portail ou passage important ou difficile de la vie (ex: la puberté, la naissance, le devenir mère et famille, la ménopause, une maladie, un divorce, un burn out, un deuil, etc.) et imaginez-vous vivre ce portail seul.e, sans support, sans explications, sans rituels, sans guidance et sans une oreille bienveillante....

C'est tout ça qu'offre une DOULA LARGE SPECTRE qui maîtrise l'art d'accompagner les grands passages de la vie sans en avoir peur.

La DOULA est AU SERVICE DE ce qui est et qui se dévoile.

Sa posture est humble, elle est là sans la prétention de vouloir sauver quiconque de quoi que ce soit. La Doula est là et elle porte l'espace en amenant du DOUX LÀ où on en a besoin.

La doula, c'est la personne calme et au gros bon sens qui offre un ancrage à la vie pendant qu'on est dans le chaos det l'intensité de notre existence. 

La doula N'EST PAS une professionnelle médicale. 

Quand les doulas ont commencé à émerger à la fin du XXe siècle, le milieu médical s’est rapidement inquiété d’un possible exercice illégal de la médecine. C'est qu'il n'avait tout simplement rien compris encore!

Et c'est bien connu aussi, dans nos sociétés patriarcales tout ce qui redonne du pouvoir et de la souveraineté aux femmes est d'abord menacé de se faire ostracisé.  La France a été particulièrement bonne en cette matière...

En 2007 en France,  la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, la MIVILUDES, dont la mission est d'observer, analyser et informer le public sur les dérives sectaires et les risques de celles-ci, a classé pendant toute une année le métier de doula sur la liste des dérives sectaires. Non mais quand même, faut le faire! Heureusement, le métier de doula a été retiré de cette liste en 2008.(8) Sauf que le mal était fait...

En 2008, le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), le Conseil national de l'Ordre des sages-femmes (CNOSF) et l'Académie nationale de médecine se sont prononcés contre la reconnaissance de la profession de doula.

Donc, pendant toutes ces années où le métier de doula se faisait de plus en plus connaître en Amérique du Nord et dans d'autres pays d'Europe, en France le du métier de doula a pris beaucoup de retard à se développer.  

Qu’en est-il en 2024? Aujourd’hui, le rôle des doulas est de plus en plus reconnu et compris par le milieu médical qui commence à reconnaître les avantages de l'apport d'une doula dans les espaces de naissance, mais aussi de la maladie, de la mort et du deuil.  

Il y a encore beaucoup à faire et à déconstruire pour que les doulas soient acceptées partout, mais la révolution est certainement en cours!

Même s'il faut souvent répéter que la doula ne se prend pas ni pour une sage-femme ni pour un médecin et que son rôle n'est pas d'ordre médical, de plus en plus de sages-femmes, médecins, infirmière et infirmiers sont aujourd'hui prêt.es et motivé.es à collaborer avec les doulas. 

Sentez-vous l'appel de devenir doula?

Si vous sentez l'appel, c'est qu'il faut au moins prendre quelques respirations là-dedans et aussi comprendre que devenir une DOULA LARGE SPECTRE c'est d'abord et avant tout devenir la DOULA DE SOI-MÊME.

Que ce soit bien clair, aucune doula de ce monde ne peut être une bonne doula des autres si elle n'a pas d'abord bien entamé le travail d'introspection, de réclamations et de libérations des tabous, blessures et traumas, de sa propre expérience humaine. 

Et je crois que c'est vraiment ce qui distingue la formation de DOULA LARGE SPECTRE de l'École Quantik des autres formations de doulas. 

Si vous voulez en savoir plus, je vous encourage à prendre une grande respiration et à cliquez sur ce lien pour découvrir le programme qui vous est offert.

RÉFÉRENCES: 

(1) Susan K McGrath, John H Kennell, « A randomized controlled trial of continuous labor support for middle-class couples: effect on cesarean delivery rates », Birthvol. 35, no 2,‎ p. 92-7. (PMID 18507579DOI 10.1111/j.1523-536X.2008.00221.x) 

(2) Klaus, Marshall H., John Kennel et Phyllis Klaus. Mothering the Mother: How a Doula Can Help You Have a Shorter, Easier, and Healthier Birth. Reading, Massachusetts: Addison-Wesley Publishing House, 1993.

(3) Hodnett ED, Gates S, Hofmeyr GJ, Sakala C. « Continuous support for women during childbirth » Cochrane Database Syst Rev. 2003.

(4) Scott KD, Klaus PH, Klaus MH. « The obstetrical and postpartum benefits of continuous support during childbirth » J Womens Health Gend Based Med. 1999.

(5) Scott KD, Berkowitz G, Klaus M. « A comparison of intermittent and continuous support during labor: a meta-analysis » Am J Obstet Gynecol. 1999.

(6) Meghan A Bohren, G Justus Hofmeyr, Carol Sakala et Rieko K Fukuzawa, « Continuous support for women during childbirth », Cochrane Database of Systematic Reviews,‎  (ISSN 1465-1858DOI 10.1002/14651858.cd003766.pub6lire en ligne [archive], consulté le )

(7) Patricia Rosen, « Supporting Women in Labor: Analysis of Different Types of Caregivers », Journal of Midwifery & Women's Healthvol. 49, no 1,‎ p. 24–31

(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Doula#Pr%C3%A9sentation