Récit  de naissance de Cindy Pétrieux. 

Crédit photo: Adèle photographie

Après des mois de préparation pour un accouchement à domicile, la naissance de mon deuxième enfant n’aura en rien ressemblé à ce que j’avais souhaité. C’est lors du rituel de refacilitation de naissance (voir ici le billet de Karine sur le sujet) que j’ai pu accueillir mon bébé comme je le voulais. C'est cette histoire que je vous raconte aujourd'hui. 

Un accouchement à la maison qui tombe à l’eau.


J’avais préparé le plus beau des nids, imaginé le plus beau des accueils, passé des mois à préparer mon entourage, à visualiser cette naissance que je voulais aussi instinctive que celle de mon ainée. Et c’est finalement au bloc opératoire que j’ai vu mon bébé pour la première fois, derrière un drap de papier bleu aussi froid que la salle et son personnel. J’avais beau verbaliser mon inconfort, ma peine et ma douleur à renfort de crises de larmes et de:

«Ce n’est pas ça que je voulais, je me sens comme une poupée de chiffon, je voulais pas être là!»

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Les interventant.es, qui après m’avoir chicanée comme une enfant à cause de leur difficulté à me raser le pubis parce que je bougeais trop, ou encore ma lenteur à passer de la civière à la table d’opération (tu m’étonnes je suis en pleine poussée, pas de péridurale, dans un milieu hostile avec un bébé mal positionné), me répétaient que « le plus important c’est un bébé et une maman en santé», sans aucune considération de ma douleur, sans aucune empathie.

Après avoir vu sans émotion mon bébé quelques secondes,  ils me l’ont ramené, après plusieurs minutes, me le déposant sur ma poitrine sans même me demander si je le souhaitais.

Je tremblais, j’avais pleins de spasmes, j’avais froid et chaud à la fois, incapable de bouger. Je me sentais envahie de ce bébé que je n’avais pas encore rencontré, et qui glissait sur moi, sur mon cou, m’étouffant.

Mes premiers mots ont été «Enlevez-le-moi!». On était loin, très loin, du doux accueil que je souhaitais dans l’eau en famille au bord du feu de cheminée dans notre chalet douillet. 

Un postnatal difficile, le moral dans les chaussettes.

Malgré tout, je suis  tombée en amour avec mon bébé dès que je l’ai eu dans les bras en salle de réveil et, telle une lionne protectrice, je l’ai gardé contre moi de longues heures en peau à peau.

Néanmoins, dès mon retour de la salle de réveil et des semaines durant, le petit hamster dans ma tête s’est mis à courir dans sa roue, sans arrêt : «Et si j’avais fait ça?», «Et si j’avais refusé le monitoring en continu?», et si, et si…

Alors que nous avions préparée notre aînée depuis des mois à une naissance en famille, elle n’a pu voir le bébé que plusieurs heures plus tard, aux heures de visites autorisées. C’est à ce moment que j’ai appris, qu’à son réveil, voyant la maison vide, elle s’était inquiétée auprès de sa grand-mère d’où j’étais.

Sa grand-mère lui a expliqué et elle s'est mise à pleurer:

 «Mais maman voulait accoucher à la maison!» 

Elle a été parmi les personnes les plus empathiques dans cette période difficile, pendant laquelle je pleurais à chaque jour.

Rapidement après la naissance, ma sage-femme a proposé de faire une refacilitation de naissance.

Je n’en avais jamais entendu parler, je ne savais pas du tout de quoi il s’agissait. Elle m'a expliqué que le but était de recréer les conditions de la naissance et de la revivre, mais de la manière souhaitée.

J’étais tellement enthousiaste que je voulais faire ça la semaine suivante. Annie m'a dit qu’il fallait que je prenne le temps de détricoter avant.

Détricoter pour trouver le sens.

Les premières visites postnatales de ma sage-femme ont été très émotives, je pleurais tout le long et j’avais 1001 questions quant au déroulement de l’accouchement.

 Elle a été d’un soutien extraordinaire. Elle était assurément la personne qui pouvait le mieux me comprendre en ayant également une idée très précise de tout le déroulement.

Dès le premier jour à l’hôpital, j’avais informé les infirmières que mon bébé avait un problème, puisqu'il était impossible de le mettre sur le dos. Il ne dormait que sur le côté et était complètement cambré vers l’arrière.

Je me suis fait dire que tout allait bien. Je n’en croyais pas un mot.

J’ai été voir une médecin spécialisée en allaitement, car mon bébé avait une fente labiale et c’est elle la première qui m’a confirmée qu’il avait un soucis au niveau de son dos et de ses os du crâne. J’ai poursuivi mes recherches et j'ai ainsi pu confirmer en ostéopathie que Milow avait un syndrome de Kiss.

Pour faire simple, il était comme bloqué dans une position cambrée vers l’arrière et arqué sur son côté gauche à la fois. J’ai aussi appris que, vu l’intensité de son syndrome, il avait certainement été dans une position encore plus intense in utero.

Soudain tout s’éclairait, les pièces de puzzle s’assemblaient. Bébé a assurément essayé de se placer dans mon bassin, mais son corps en était incapable, tout comme il était incapable de dormir sur le dos.

Aussi, je repensais au moment où j'avais pris la décision d’aller en césarienne, je passais en boucle dans mon esprit «ils vont me l’abîmer, je veux pas de forceps, si je continue, il va se coincer, ils vont me l’abîmer».

Ma sage-femme me rappela aussi que, lorsque je l’ai appelée pour l’accouchement je lui avais dit:

«J’ai pleuré toute la journée, j’ai déjà l’impression que je ne vais pas y arriver»...

Je n’étais pourtant qu’en latence. Elle, qui était aussi présente à la naissance de mon aînée, m'a dit par la suite:

«C’est pas toi à 3cm ça, tu savais déjà qu’il y avait de quoi».

L’intuition est forte. La connexion avec bébé était bien là. Mon corps n’est pas défaillant.

La refacilitation de naissance, un rituel guérisseur.

Nous avions convenu de faire la refacilitation le soir, car mon accouchement s’est passé de nuit. L’après-midi précédent, mon chum et moi nous sommes affairés à tout remettre en place presque comme à l'accouchement: tentures rouges, lumières, bougies, diffusion d'huiles essentielles, musique... et cette fois, nous avons fait un feu dans la cheminée, ce que nous n'avions pas eu le temps de faire au moment de la naissance.

Annie est arrivée en soirée avec des tartelettes sucrées que j’adore et nous avons d’abord partagé un beau moment à savourer un bon thé chaud et ces sucreries pour prendre mutuellement des nouvelles. 

Soudain, Annie s’est inquiétée de la température de l’eau de la piscine. Elle avait raison, puisque, malgré nos stratégies, l’eau était froide. Nous avons bien eu de la misère - comme le jour de l’accouchement - à mettre l'eau de la piscine à la bonne température et c'est deux heures plus tard que nous avons pu commencer le rituel de guérison.

Pendant ce temps, j'ai beaucoup parlé avec Annie. Elle a aussi purifié la maison à la sauge, ainsi qu'elle-même, mon chum et moi.

Elle avait amené ses propres objets de rituel : des pierres qu'elle portait dans un genre de micro-pochette comme un long collier. Ma grande fille de 3 ans et demi aime beaucoup Annie et elle voulait lui montrer tout ce qu'elle savait faire et jouer avec elle et lui montrer sa chambre...

La maison grouillait de vie avec les allers-retours cuisine-piscine de mon chum avec ses chaudrons d'eau bouillante.

Le rituel

Quand la piscine a été prête, Annie m'a invitée à me dévêtir. J'avais mis les mêmes sous-vêtements que le jour de l'accouchement et j'ai mis aussi le même peignoir. Ensuite, alors que j'étais assise sur mon ballon, elle a commencé à guider le rituel, un peu à la manière d'une relaxation guidée.

Elle racontait l'accouchement. Le début était exactement comme cela s'était passé quand j'étais à la maison et elle a poursuivi l'histoire de la manière dont j'aurais souhaité que les choses se passent.

Sur mon ballon les yeux fermés, je bougeais mon bassin. Peu à peu, en rentrant dans le rituel, j'ai commencé à ressentir des douleurs dans le bas du dos. J'ai demandé à mon chum de se placer derrière moi et de faire des pressions dans mon dos comme on avait vu au yoga prénatal. Ça m'a soulagée.

Et voilà que mon corps est secoué par des vagues de pleurs intenses. J'ai de la misère à respirer. Mon chéri respire bruyamment, son front collé au mien comme pour m'aider à reprendre mon souffle, respirer, tout comme il l’avait fait le soir de la naissance de notre bébé.

J'ai aussi ressenti des douleurs dans mon ventre par vagues, comme des minis contractions. Je faisais des sons et roulais mon bassin sur le ballon. Les vagues ont pris peu à peu de l'ampleur. Ma fille jouait autour.

Annie poursuivait le récit et me guidait dans mes mémoires. À un moment, elle me dit que je suis à 8 cm et que, lorsque je le sentirais, à mon rythme, je pourrais aller dans l'eau. Je sens des vagues encore et encore, mais je profite encore de mon ballon qui me permet de faire des mouvements agréables. J’ai un peu peur je crois.




La deuxième naissance de Milow.

Je décide d'aller dans l'eau. Les vagues me font carrément crier. Nous sommes arrivés à la poussée, je pleure beaucoup, mon corps se crispe, mes mains serrent fort celles de mon chéri, qui me répète:

 «Tu es forte, tu le fais, vas-y, tu es forte, je t'aime».

Annie me dit qu'on voit ses cheveux. Je pousse encore, la tête sort, les épaules tournent. Je pousse et voilà mon bébé dans l'eau devant moi, entre mes jambes. Je le saisis dans mes bras et l'amène contre ma poitrine.

Je pleure toutes les larmes de mon corps.

«Mon bébé, mon bébé!»

Il pleure des  petits pleurs comme un nouveau-né avant de se blottir paisiblement contre moi, tout comme ma fille à sa naissance. Je profite de ce moment. J'ai l'impression vraiment de vivre pleinement cette naissance. Je fais la tétée d'accueil et chuchote à l'oreille de mon bébé:

 «C'est comme ça que je voulais t'accueillir.» 

Rapidement, sa soeur surexcitée nous rejoint dans l'eau et joue à mes côtés. Puis, elle pose les pétales de rose, qu'elle avait mis dans l'eau en préparant la piscine, dans le dos de Milow.

C'est vidée de mon énergie et apaisée d'avoir pu offrir - même si tardivement - un doux accueil au monde à mon bébé que je suis allée me coucher ce soir là.

Et maintenant ... 

Depuis mon rituel de refacilitation, j'ai continué à me poser des questions et à vivre des épisodes d'anxiété liés à ma césarienne. En effet, j'ai d'autres traumatismes à guérir doucement, dont la maltraitance vécue au bloc opératoire ou encore l'acceptation de cette cicatrice sur mon corps.

Cependant, j'ai aussi trouvé beaucoup de sérénité quant à mon deuil de l'accouchement rêvé, ainsi que de la force pour continuer sur le chemin de la transcendance et de la guérison.  

Cindy P.

Un peu plus sur l'auteure de ce texte:


Cindy est une militante qui  travaille en milieu communautaire. Née dans les Alpes françaises, elle habite maintenant le Québec et est la maman d'Ayana, 3 ans 1/2, née avec une sage-femme en maison de naissance, d'un bébé Flocon parti à 11 semaines de grossesse et  de Milow,  3 mois 1/2, né par césarienne. 

Elle inaugure avec ce billet la nouvelle catégorie «RÉCITS DE NAISSANCES» sur le blogue de QUANTIK MAMA.

 

CINDY PÉTRIEUX

Si vous avez vous aussi un récit d'accouchement, qu'il soit orgasmique, traumatique, simple, en famille, avec une sage-femme, à l'hôpital ou sur la plage, et que vous aimeriez le partager sur le blogue de QUANTIK MAMA, envoyez nous votre récit à contact@quantikmama.com.  

Le récit doit faire environ 1500 mots et être divisé par sections avec des sous-titres et il faut quelques images (le plus possible !). Si votre texte est retenu, nous vous assisterons avec la correction au besoin.

AMOUR xx