Un billet écrit par notre collaboratrice, Marion Calmel. Pour la retrouver, visitez son site web ou rejoignez-la sur Instagram.

Les futurs parents ne sont pas forcément en couple, hétérosexuels et fertiles : concevoir un enfant, pour une personne queer, une personne célibataire, comme pour un couple cis-hétérosexuel, peut être un chemin long, difficile, voire même traumatisant.

Dear queer people

Avant d’aller plus loin, je tiens à définir rapidement quelques mots : comprendre pour effacer les préjugés et lutter contre les discriminations.

Une personne queer est une personne qui n’est pas hétérosexuelle et/ou cisgenre*.

Je suis attachée au mot QUEER car son histoire est politique, militante : initialement lancée comme une insulte par les phobiques, queer signifiait « étrange, bizarre, tordu ». Mais dans les années 90, les militant.es se le sont ré-approprié pour en faire une fierté et revendiquer leur identité et/ou sexualité haut et fort.

Les personnes queer qui se revendiquent comme tel ont généralement des valeurs et des engagements militants forts : remettre en question tous les schémas, toutes les normes établies par la société hétéropatriarcale, oeuvrer pour la liberté de toutes les personnes, quels que soient leur identité de genre, leur sexe ou leur sexualité.

On parle aussi d’art queer et d’espace queer : des lieux auto-revendiqués où l’on sait que l’on sera en sécurité, entouré.e de personnes qui nous comprennent.


Finalement, QUEER est un mot parapluie, fluide et mouvant, sans critère strict et c’est ça que j’aime et qui en fait sa force à mon sens !


* Une personne cisgenre est une personne dont le genre est celui qu’on lui a assigné à la naissance, à la différence d’une personne transgenre et d’une personne non-binaire.

Une personne non-binaire est une personne qui est sortie de la binarité masculin-féminin, qu’elle soit une personne intersexe ou non.

Une personne intersexe est une personne qui naît avec des caractères sexuels (appareil génital, taux d’hormones, chromosomes …) qui ne correspondent pas aux définitions médicales du sexe dit masculin ou dit féminin.


Ok. Revenons à notre sujet ! J’affirmais :

Les futurs parents ne sont pas forcément en couple, hétérosexuels et fertiles : concevoir un enfant, pour une personne queer, une personne célibataire, comme pour un couple cis-hétérosexuel, peut être un chemin long, difficile, voire même traumatisant.

Crédit photo :  Demande à tes mères

À l’attente s’ajoutent les mots

L’entourage et/ou les professionnel.les qui ne savent pas que le souhait de (re)devenir parent est là : « Alors, le bébé c’est pour quand ? » « Bientôt le petit deuxième ? »

Et celleux qui savent que le désir d’enfant est là depuis un moment :


« Lâche prise ! » 

« Pense à autre chose. »

« Laisse faire le temps ! »


Laissez-moi vous dire que quand on attend crève de désir d’être enceinte, ou que la personne qui portera son bébé le soit, ces questions et conseils sont violents. Ils ont l’effet d’une bombe dans la tête, le coeur et le ventre. Ils coupent les jambes et font tomber les bras, pèsent lourd sur les épaules.

Il m’est arrivé de penser tout bas et de crier tout haut : 


« Fuck, ça n’est pas possible ! Je suis une maman sans enfant, of course je ne pense qu’à mon bébé : il me manque et toute ma vie est organisée en fonction de mon ovulation. »


Si vous lisez ce billet et que vous avez déjà posé ces questions ou donné ces conseils, ne culpabilisez pas : si on n’a pas conscientisé la situation dans sa globalité, c’est difficile d’être complètement empathique. Faîtes alors un beau HO’OPONOPONO pour ces personnes à qui vous vous êtes maladroitement adressé. 

À moi d’en faire un pour vous :


Désolée de vous remuer aujourd’hui.

Pardon si je vous pointe du doigt.

Merci d’avoir de bonnes intentions à mon égard.

Je vous aime parce que vous êtes qui vous êtes.


Devenir enceinte sans tomber

« Tomber enceinte » quand la grossesse n’est pas spontanée, c’est compliqué et tout un nouveau langage se dévoile alors : IA, IAD, PMA, FIV, GPA, don de gamètes, anonyme ou pas …! 

Parfois, on devient enceinte grâce à une insémination artificielle (IA) : la procréation peut alors être médicalement assistée (PMA) ou l’insémination peut être artisanale. Le sperme peut être frais, préparé ou congelé, et être acheté auprès d’une banque de sperme comme provenir directement du donneur (IAD). Son identité peut être connue, inconnue, ou partiellement connue selon les accords et la législation des pays.

D’autres fois, la fécondation se passe in vitro (FIV), éventuellement suite à un don de sperme et/ou d’ovocyte, pour que l’embryon soit ensuite introduit dans l’utérus de la personne qui lui permettra de se développer.

Deux personnes avec utérus peuvent avoir recours à une FIV ROPA : l’embryon sera fécondé in vitro avec le sperme issu d’un don et les ovocytes de la personne qui ne portera pas le bébé, avant d’être introduit dans l’utérus de la personne qui le portera.

D’autres fois encore, la grossesse est vécue par une personne qui ne fait pas partie de la famille en devenir : c’est le cas lors d’une gestation par autrui (GPA).

Ces différentes possibilités témoignent de l’éventail de questions à se poser quand les parents en devenir sont infertiles médicalement ou de fait.

Est-ce qu’on va y arriver ? Comment on va faire ? Qui va être enceinte ? Est-ce possible dans notre pays ? Combien ça va nous coûter financièrement ? Et émotionnellement ?


Ritualiser pour sortir du mental, voire du médical

Quand le désir d’enfant est là, l’attention est portée sur tout ce qui facilitera la fertilité et la fécondation.

Le poids sur le corps est lourd : il FAUT que ça fonctionne et rapidement.

Plusieurs facteurs viennent alourdir ce poids ressenti. D’abord selon le mode de conception vers lequel le couple se dirige : assistanat médical ou insémination artisanale, les personnes seront plus ou moins submergées de protocoles hospitaliers et éloignées de leur intimité. 

Ensuite l’aspect financier entrera en jeu et pourra jouer sur le sentiment de réussite ou d’échec : pour une PMA, pour les frais médicaux, de transports et d’hébergement, il faut compter de 3000 à 30 000 € selon la longueur et la complexité du parcours.

À cela s’ajoute tout l’aspect organisationnel et logistique puisque les couples queer et les personnes célibataires résidant en France doivent se déplacer au Portugal, en Espagne, en Belgique, au Pays Bas ou encore au Danemark pour concevoir leur bébé. À moins de se faire livrer illégalement des paillettes de sperme commandées à l’étranger.

Enfin le poids de l’aspect médical avec différents protocoles selon les hôpitaux et cliniques : la prise de traitements hormonaux plus ou moins lourds, les conséquences physiques et morales qui vont avec, et les difficultés à trouver un médecin en France qui accepte de prescrire les ordonnances de suivis médicaux. 

Sans gommer les difficultés que tout cela peut être, il est possible de saupoudrer la conception non-spontanée de son bébé de magie. Ça peut être doux, sacré et ritualisé. C’est de ça que je veux vous parler.


Je suis une queer mama. Mon fils a deux mamans. Nous sommes françaises et la PMA ne nous est pas accessible dans notre pays. Nous avons choisi que notre parcours de conception ne soit pas médicalisé à l’étranger : nous rêvions d’intimité.


Un homme nous a fait dont de son sperme à quatre reprises et ma femme l’a injecté dans mon vagin avant de me faire l’amour.

Je vais vous raconter cette partie de notre histoire. Nous avons conçu notre bébé à domicile et sans assistance. J’ai confiance en votre capacité à adapter le rituel à votre situation : s’il est possible d’enfanter physiologiquement à l’hôpital, alors il est possible de concevoir son bébé en conscience à l’hôpital aussi. Et si vous avez besoin d’accompagnement et de soutien pour créer votre rituel personnalisé, c’est un service que je propose, comme d’autres doulas !


Deux mamans, une pipette et de la magie

Octobre 2019. Je sais que j’ovule ce week-end là. Je le sais parce que je connais mes cycles et mon corps. Le donneur est dispo pour deux nouveaux dons, c’est parfait. C’est le deuxième cycle d’essai, nous avons déjà vécu l’inconnu.

Nous sommes dans un logement de location dans la ville où vit cette personne généreuse. Notre autel de conception est installé à notre chevet : une bougie, des cristaux, une image inspirante, un roll-on d’huiles essentielles et un glycéré de roses sauvages.

Crédit photo:  Sous la Lune - Illustration de Fiona Mc Kerrell

L’heure du don approche, je me sens fébrile et j’ai un peu froid. Je m’allonge pour me centrer et je médite : je fais une belle visualisation de mon bassin, guidée par la douce voix de Kristelle Cardeur @karmamamas. Je vois et je sens mon chaudron créateur prêt à accueillir mon bébé.

Le donneur arrive, on lui propose un jus de fruits qu’il accepte, va faire son don dans la chambre pendant que ma femme et moi écoutons de la musique dans le petit salon. Nous nous occupons en discutant comme si cette situation était banale !

Le précieux liquide est dans une tasse à café, le donneur rentre chez lui.

Notre rituel va commencer, dans l’intimité et la chaleur de ce logement temporaire. 

L’ouverture est sensorielle : la musique pour l’ouïe, la lumière de la bougie pour la vue, l’huile sur nos poignets pour l’odorat, le glycéré de rose sous nos langues pour le goût et nos caresses pour le toucher.

Je m’occupe de prélever le liquide avec la pipette avant de m’allonger, le bassin surélevé par un coussin. Ma yoni accueille la pipette et Maëva injecte les gamètes en me regardant amoureusement droit dans les yeux.

Puis, avec une intense douceur, nous faisons l’amour. Je me souviens avoir visualisé mon ovule choisir le spermatozoïde parfait pour notre bébé dont le prénom nous était apparu la veille.

S♥♥♥♥. Peu importe son sexe, peu importe son genre : notre enfant s’appelle S♥♥♥♥. L’évidence !

Ensuite nous l’avons appelé, invité à nous rejoindre, à s’accrocher, à se développer. Nous lui avons raconté les mamans que nous souhaitions être. Nous lui avons longuement parlé, nos quatre mains sur mon bas-ventre.

J’ai placé des petits cristaux sur mon chakra sacré, dans mon collant et j’ai continué à vivre. Saturée d’émotions ambivalentes, ne pensant qu’à lui pendant les deux longues semaines d’attente interminable.


Juillet 2020. S♥♥♥♥ naît dans l’intimité de notre chambre, comme il a été conçu. Juste nous deux avec lui : autonomes, libres et sauvages.


À l’entourage et aux professionnel.le.s de la périnatalité

À l’annonce de ma grossesse, une question revenait, parfois même avant une expression de réjouissance : « Vous avez fait comment ? »

Quand vous savez que les parents ont eu un parcours long et/ou difficile, ne leur demandez pas comment ils ont conçu leur bébé. On ne demande pas à un couple cis-hétéro-fertile dans quelle position il a conçu son bébé ! Qu’il s’agisse d’un couple queer, d’une personne célibataire ou d’un couple cis-hétéro infertile, la réponse leur appartient intimement et vous importe peu.

Proposez-leur plutôt un espace sécuritaire où partager leurs émotions, ouvrez votre coeur et dîtes leur :


« Je le sais que votre parcours a pu être une bataille, que l’attente a peut-être été longue et difficile. Si vous avez besoin de parler de votre chemin vers cette grossesse, de partager comment vous vous êtes senti.e.s pendant cette attente, je suis là. »


Marion.