On part dans 18 dodos... 

C'est le 5ème jour de la nouvelle année. Il y a des valises partout. Toutes mes robes d'été sont suspendues sur une corde au milieu de ma chambre. Mon armoire apothicaire est presque déjà toute dans des petits sacs. Les dernières commandes en ligne ont été faites. J'ai réussi à trouver assez de linge et même des souliers d'été pour les enfants, et ce, même en plein hiver.

La liste des choses à faire et à ne pas oublier pourrait surement faire exploser la tête à plusieurs, mais non, pas encore. Je suis encore assez cool. On dirait bien que j'ai appris à embrasser le chaos de la vie. 

Bon, faut dire qu'il reste encore 18 dodos. Et puis déménager toute notre vie de famille et ma business dans un minimum de valises, je sais faire quand même. C'est du déjà vu pour moi.

Mais c'est bizarre cette fois, je suis différente. 

Je pense que c'est la première fois depuis la mort de Sévan que je ne fais pas nos valises en mode survie dans le trauma. Pas que je ne suis plus en deuil. Je serai toujours en deuil. Mais c'est comme si après trois ans et demi, j'ai assez bien compris le tissage en cours pour ne plus être en état de trauma constant. 

En 2023, j'ai vraiment commencé à vivre autrement qu'en réponses réflexes traumatiques. J'ai découvert la vie avec un système nerveux que j'arrive à mieux réguler quand j'en perds le contrôle. 

2024 est donc pour moi la toute première année depuis plus de sept ans où je me sens vraiment alignée, sobre et consciente dans mes prises de décisions. 

Apprendre à fonctionner au-delà du trauma. 

Seulement, dans ce nouvel état d'être et d'existence plus régulée, je me sens un peu perdue. Je me trouve même vachement moins efficace.  

C'est fou à dire mais je réalise à quel point mon état traumatique des dernières années était pour moi un réel carburant pour faire avancer les choses, pour get things done

Et voilà que maintenant que j'ai touché à l'acceptation, au pardon, au calme, je dois ré-apprendre à fonctionner et à faire des valises au-delà du drame de ma vie.  

Tout ça pour dire qu'en ce début d'année où j'aurais voulu être efficace comme pas deux, je me sens un peu perdue devant l'ampleur des choses à faire avant de partir. 

Je suis l'hiver en plein hiver. 

C'est que c'est l'hiver en ce moment. Tout est en dormance dehors, la nature figée dans le froid, la neige et la glace, nous invite à ralentir, sentir, être, tout simplement. 

Et pour être certaine que je l'écoute, mère nature dans toute sa sagesse ne m'a pas épargnée dans mon premier hiver en quatre ans puisque je me remets tout juste du plus long et bizarre virus de ma vie. 

Forcée à m'arrêter malgré la liste infinie des choses à faire avant de partir, je suis devenue l'hiver. 

J'ai vécu un great reset.

Le deuil est associé aux poumons, et depuis la mort de Sévan chaque fois que je tombe malade mes poumons en arrachent. Je n'ai donc pas été épargnée une fois de plus. 

Je vous épargne les détails des mes dernières semaines au lit ou au ralenti, mais en gros j'ai manqué tellement de souffle que j'ai refais un pacte avec la vie!

Si je survis à ce virus, je promets ceci, et cela, et ceci...

Bref, j'ai survécu à ma menace d'hypoxie et j'ai fais un pacte avec la vie. 

Je veux vivre, m'amuser et profiter de ceux que j'aime avant tout. 

En 2024, je retourne donc dans la jungle mais cette fois j'y vais pour ralentir pour vrai. Je ne suis pas en train de vous dire que je prends une autre année sans travailler. Au contraire, j'ai plein d'envies et de projets pour les années à venir.

Seulement je veux approcher ma mission autrement et profiter pour vrai de ma vie en générale, mais aussi de ma vie dans la jungle. 

Pouvez-vous croire qu'en trois ans et demi à vivre au Costa-Rica, j'ai à peine profiter de ma vie là-bas. Parce que j'étais en trauma et que pour fuir ma douleur, j'ai travaillé, travaillé, travaillé, construit, construit, construit, étudié, étudié, étudié. 

Réponse tout à fait classique au trauma. 

Je le vois bien maintenant et c'était surement évident pour de nombreuses personnes autour de moi moindrement un peu formée en somatique. Mais moi je m'en suis seulement rendu compte à la fin de 2023, à travers le sans pitié Covid long. 

Après la mort de Sévan, j'ai fuis dans le travail pendant 2 ans et j'ai construit mon humble empire (et même deux maisons en même temps) pour tenter de fuir mon impossible douleur.  Puis j'ai pris une année off pour sentir enfin, mais où j'ai finalement fuis à nouveau dans les études.

En septembre 2023, j'ai repris le travail mais j'étais loin de me douter que j'allais travailler aussi fort pour réparer les dégâts des dernières années tout en créant la nouvelle édition de ma prépa naissance. Mais bon, je l'ai fais une fois de plus,  mais cette fois là je l'ai fais à partir d'un mindset tellement plus sain et régulé. 

En 2024, c'est l'année des récoltes.

Ainsi, en 2024, pour la première fois depuis 2016, avant la maladie, je me sens sainement alignée et j'ai envie de vivre, tout simplement. 

Je veux travailler pour faire briller ma mission parce que c'est ma passion, mon dharma. Mais avant tout je veux mordre dans ma vie à pleine dent et VIVRE dans la réalité du tangible, du présent. 

Fini de vivre et travailler en réponse au trauma. Je veux vivre  et travailler parce que je choisis de thrive et que je connais ma valeur dans ce monde. That's it.

Je pars donc dans la jungle faire cuire des pizzas faites maison!

On a un rituel sur la terre au Costa. Avec la famille de David et Asia, ceux qui louent la casita sur notre terre, on se fait des pizzas nights les mardis ou mercredis, bref en plein milieu de la semaine. 

En 2024, j'ai le souhait de construire un four à pizza de nos propres mains et d'apprendre à faire cuire les meilleurs pizza d'Ojochal pour nos pizzas nights!

C'est là un de mes souhaits les plus chers pour cette nouvelle année et si vous avez des recettes ou des trucs pour moi, je vous invite à me les dire en commentaires!

J'ai tellement hâte de vous recevoir un jour sur cette terre pour une retraite et de vivre une pizza night avec vous! Sentez-vous l'odeur? Entendez-vous la musique de la jungle?

Réclamer le printemps dans l'hiver!

Sur ce, je demande à l'énergie du printemps de me donner la force dans l'hiver d'être efficace pour faire mes valises, et ce, même sans la drive de mon état traumatique des dernières années. 

Sur ce, je réclame la confiance qu'on fait la bonne chose de sortir notre belle Emma de l'école en pleine année scolaire pour l'envoyer à la Jungle Academy. Une nouvelle école dans notre village, spécialement conçue pour les enfants plus vieux. J'ai hâte de la voir évoluer dans cet environnement tellement plus adapté à sa nature d'enfant zèbre. 

Sur ce, je retourne à ma liste des milles choses à faire et je vous promets de parler à nouveau de naissance éventuellement. Seulement là, ma tête est aux valises et aux milles choses à faire pour ne rien oublier pour notre vie et ma pratique de sage-femme dans la jungle.  

À +

Kxx