J'y suis enfin. Assise devant mon ordi à écrire sur mon blogue à cinq heures du matin. Réveillée par les singes hurleurs à 4h30 am. Si vous saviez comme j'ai rêvé de ce moment dans les dernières semaines. Je m'y suis attachée comme à une bouée en pleine mer pour me convaincre que j'allais réussir. 

Et bien m'y voilà, à ce moment tant rêvé où j'écris sur mon blogue, au petit matin dans la jungle. Ce moment même où je me suis récemment tant accrochée pour survivre à l'intensité qu'on vivait.

On l'a fait. 

On a quitté le Québec en quelques semaines seulement et on est revenus vivre dans la jungle après à peine dix mois au Québec, alors qu'on prévoyait y rester deux ans. 

On dit qu'il n'y a que les fous qui ne changent pas d'idée. Et bien même si je nous ai trouvé pas mal fous dernièrement, on ne doit pas l'être pour vrai. 

Le frigo était encore plein!

Le matin du grand départ, on devait partir pour l'aéroport à 10h30 am. À 10h15, le gentil monsieur qui nous y a conduit attendait sur le tapis de l'entrée. Toutes les valises étaient déjà dans la camionnette, les enfants étaient prêts, Martin était en train de finaliser les derniers trucs et moi je faisais le dernier tour de la maison avant de sortir.

10h50 (on est en retard),  j'ouvre le frigo pour vérifier que tout est beau. Mais non, tout n'est pas beau.  Le frigo est encore plein, avec même le restant du souper d'hier dans le chaudron. Fuck!

Jusque là, j'étais encore assez calme. Jusque là, tout était sous contrôle et ma respiration était constante et calme. Mais là, devant le frigo encore plein, le monsieur de la camionnette sur le tapis du portique et nos vingt minutes de retard, j'ai craqué.

En fait, je me suis dissociée.  

J'ai refermé la porte comme si je n'avais rien vu, et je suis allée m'assoir dans la camionnette. Bref, Martin s'est occupé du frigo. Travail d'équipe on dira. 

Mes enfants voyageurs...

Bien sûr, on n'a pas manqué l'avion.  

Au contraire, tout s'est passé avec une telle fluidité que c'était une première dans notre vie de nomades. 

Je ne sais pas si vous savez ce que c'est d'enregistrer 12 valises, dont trois en oversize, un banc d'auto, un clavier et une guitare,  le tout en gérant des enfants pour qu'ils restent proches.

Mais on l'a fait.

Une fois de plus.

Et cette fois les enfant ont été exemplaires. Ils ont été la version même des enfants des autres que j'ai dont souvent enviés dans le passé quand les miens étaient carrément hors contrôle!

Bref, le voyage s'est vraiment bien passé. Je me pince encore!

Ici, je respire enfin. 

Dans les dernières semaines au Québec, j'avais tellement de mal à respirer que je prenais des pompes plusieurs fois par jour pour arriver à faire le minimum de ce que j'avais à faire.

J'étais tellement mal en point que la veille de partir je me suis demandé si ce n'était pas risqué de partir dans un tel état. Mais on est partis quand même, avec mes puffs de Ventolin et Floven en renfort!

Moi qui ne prend jamais de médicaments dans la vie, je commençais à me demander si ce foutu virus respiratoire de décembre 2023 ne m'avait pas rendue asthmatique...

Mais non. C'était seulement mon corps qui suffoquait au Québec, puisque depuis le jour même où on est arrivés dans la jungle, il y a cinq jours maintenant, je respire à nouveau et je n'ai pas utilisé mes pompes une seule fois! 

À la maison dans un pays qui n'est pas mon pays d'origine...

C'est fou comme on se sent bien ici, dans cette maison qu'on a construit en plein TRAUMA RESPONSE à travers les premières années du deuil de Sévan.

Sérieux, cette maison,  elle est tellement magique!

Oh, rien de trop extravagant comparé aux Villas qui poussent un peu partout autour de nous. Seulement, cette maison elle est absolument parfaite pour nous.

Une maison dessinée par moi-même, quand j'ai eu l'audace de me prendre pour une architecte, question de sauver de l'argent. LOL. 

Une maison qu'on imaginait au départ comme une casita, et qui sur mon ordi avait l'air toute petite.

Sauf qu'une fois en construction, on a réalisé que je n'avais pas dessiné une casita, mais une casa grande!  

Bref, on est bien chez nous dans la jungle dans notre parfaitement grande maison toute petite comparée aux autres. 

Il était même grandement temps qu'on revienne. On le sent. La maison et la terre avait hâte de nous retrouver. Et bien voilà, nous y sommes.

Comme des diamants phosphorescents.

Évidemment, depuis notre arrivée on est allés chaque jour soit à la plage, soit dans une rivière.

Évidemment,  partout où on va on est les humains les plus blancs des lieux. On est comme des diamants phosphorescents!

"Je l'aime ma peau blanche, mais c'est gênant pareil!" -  Emma.  

Situation qui sera vite réglée en pleine saison sèche et ensoleillée. 

Mon bureau est officiellement ouvert.

Quand on est retournés au Québec l'an passé, j'ai fermé mon bureau et vendu toutes mes affaires dedans. Pensant être partie pour au moins deux ans, il n'y avait aucun intérêt à faire autrement. 

Heureusement, dans notre retour précoce réalisé en moins d'un mois entre le grand oui et notre arrivée, j'ai eu la chance de trouver un autre bureau qui n'attendait que moi et à un prix encore plus abordable que l'ancien. Divine Timing. 

C'est dans ce bureau que je termine ce billet commencé au petit matin. Un bureau encore vide et plein d'écho où je suis assise sur une chaise de plastique cheap avec mon ordi sur une table pliante tout aussi laide. 

Je repars from scratch, mais j'ai de l'expérience et je sais où je veux aller. C'est tout ce qui compte au fond. 

Hâte de reprendre ma pratique de sage-femme.

Au Québec, les naissances me manquaient tellement que j'envisageais un retour à la pratique si j'y restais pour vrai.  Vous imaginez donc la joie que j'ai de pouvoir me remettre aux accompagnements des couples qui attendent un enfant. 

J'ai déjà mes premiers clients pour juillet, et je sens que les bébés sont en train d'entendre mon retour en ce moment même. Les whatsapp vont rentrer bientôt, je le sens!

J'ai confiance.

Je veux offrir des retraites dans les prochaines années. 

Au-delà d'accompagner les couples dans leur devenir parents, je sens qu'un de mes projets des prochaines années sera d'organiser des retraites dans la jungle. 

Je me sens prête pour ça. J'ai assez vécu, je me suis assez formée. Maintenant il est temps de commencer à pratiquer. 

Bientôt 4 ans depuis la mort de Sévan, je me sens prête à m'offrir en présentiel de nouveau. Mes formations en somatique, breathwork et thérapie psychédélique sont de plus en plus intégrées, et je commence à voir comment je pourrai m'en servir pour construire des offres de retraites aux thématiques extraordinaires...

Êtes-vous prêtes?

Moi oui. Et j'ai si hâte!

Mais avant, le four à pizza. 

Mais avant tout,  mon premier vrai projet pour le moment, c'est le four à pizza!

Arriver ici, nous poser pendant quelques semaines encore,  et commencer à construire le lieu pour faire nos pizza nights! 

Si vous saviez combien je suis fière d'en être arrivée à un but aussi simple que de faire de la pizza...

C'est que je reviens de loin. 

Il n'y a pas si longtemps encore j'étais dans le trauma du deuil, dans l'anxiété chronique de la peur de perdre un autre enfant, ou mon homme. 

Mes traumas response étaient si lourdes et handicapantes que je me sauvais dans le travail, dans le faire, le créer intensément, travailler beaucoup, encore, et encore, trop.

Mais plus maintenant. En 2023, je suis revenue au Québec pour me réguler sur ma terre natale et pour restructurer mes business de A à Z, de sorte que je n'aille plus besoin de faire autant d'argent pour pouvoir les faire rouler.

J'ai réduit mon nombre d'employées au minimum, éliminé plusieurs dépenses, pris des décisions super bold, repris certaines tâches à 100% pour les simplifier au maximum...

Moins d'un an plus tard,  je suis vraiment fière de vous dire que non seulement j'ai réussi à réorganiser mes business, mais que j'ai de nouveau la capacité dans mon système nerveux de ne pas que travailler, mais aussi être, vivre, et même cuisiner!

L'approche somatique et le breathwork m'ont sauvée, et surtout, le temps a fait sa médecine. 

J'entre dans la nouvelle saison de ma vie.

Me voici donc à l'aube de ma nouvelle puissance et de la nouvelle saison de ma vie.

Le deuil, c'est l'hiver. Un hiver amer, gris et sans pitié, qui dure longtemps et encore longtemps. Un hiver qui te gèle l'existence jusqu'à la moelle.

Oh combien j'ai rêvé du printemps, en encore plus de l'été. 

Et là je pense que ça y est, j'y suis à ce printemps, et les pousses commencent même à percer le sol par endroit. 

Sévan n'est plus. Il est parti dans l'ailleurs et un jour (dans longtemps j'espère) j'irai le rejoindre.  Seulement d'ici là, j'ai encore plein d'autres saisons à vivre et c'est okay d'y aller, même si. 

Je n'oublierai jamais le long et terrible premier hiver du début du deuil, et je sais qu'un jour j'écrirai à son propos. Mais pour l'instant, j'ai vraiment envie de plonger dans le premier printemps de ce deuil qui m'habitera pour le reste de ma vie. 

Une question?

Si l'hiver a duré presque quatre ans, est-ce que ça veut dire que j'en ai encore pour quatre ans avant d'arriver à l'été? 

Peu importe, au moins ici dans la jungle ça feel comme l'été à l'année. Ça compense j'imagine. 

Si pour tisser le deuil de toi mon fils, les saisons de ma vie durent à présent toutes quatre ans, qu'il en soit ainsi. 

Merci de m'avoir lue.

À l'ère du vite et du scroll down, votre lecture est précieuse. Et si en attendant le prochain billet vous avez envie de voir quelques images de notre vie, je vous invite sur Instagram où je partage de temps en temps des images et des mots de mon quotidien. Par ici.