Comment savoir si vous êtes une DOULA DANS L’ÂME?
Avez-vous depuis toujours, ce réflexe d’aller vers l’autre?
De remarquer ce que les autres – et la société en général – ne voient pas?
De pressentir ce qu’il faut dire et ce qu’il ne faut PAS dire?
Avez-vous ce don de faire du bien, même à travers l’inimaginable?
Avez-vous cette capacité de vous faire toute petite pour laisser l’espace à l’autre, tout en étant pleinement présente, à l’écoute et au service de l’autre?
Vous n’avez peut-être jamais accouché ni assisté à une naissance. Vous n’avez peut-être jamais accompagné le trauma, la mort ou le deuil. Mais vous vous sentez appelée par ces portails, un appel qui frôle presque la curiosité irrésistible.
Vous voulez accompagner et être là.
Vous sentez ce qui est sacré et important.
Votre bon-sens est inné et il guide vos initiatives, permettant d’amener de la douceur même à travers les moments difficiles.
Êtes-vous cette personne vers qui les autres se tournent naturellement?
Celle à qui on fait confiance.
Celle qui rassure sans promettre.
Celle qui reste, même quand c’est difficile et que tout le monde sur qui on pensait pouvoir compter a disparu.
Êtes-vous celle qui pense à la paille dans le verre d’eau quand les mouvements sont difficiles?
Celle qui propose la compresse froide dans le cou lors de grandes décharges émotionnelles?
Celle qui pense au sel d’epsom dans le bain, à l’arnica pour les contusions, à la décoction de gingembre pour calmer les crampes?
Celle qui essuie les épaules et les jambes en même temps à la sortie du bain.
Celle qui sait mettre les chaussettes toutes bien alignées avec les orteils de chaque pied.
Celle qui tend le bras pour aider à marcher vers le lit propre qu’elle vient tout juste de changer.
Celle qui sait s’assoir avec le silence et les vertiges du mystère.
Si vous avez l’impression que je viens de vous décrire… ou du moins, si vous avez envie d’être celle-ci…
C’est que vous êtes une DOULA DANS L’ÂME!
À travers ce texte, je vous invite à découvrir comment la médecine de la DOULA peut se manifester bien au-delà de la naissance : dans ce cas-ci, dans la maladie et l’inévitable réalité que si nous avons la chance de vivre longtemps, les vieux jours et la fin de vie sont des destinations inévitables.
Vous verrez que j’ai écrit le texte à la troisième personne, au elle.
Vous comprenez que je parle de moi, au service de, dans ma posture de doula.
Une posture que j’ai en moi, comme une part de mon identité qui prend racine à même les vibrations de mon âme, et cela, bien avec mon titre de sage-femme.
Chambre 38.
Quand ils arrivent dans la chambre, chacun les bras chargés de fleurs, elle lui dit en le pensant de tout son être à qu’elle point elle la trouve belle…
– Je me suis mis de la poudre, c’est pour ça. Je n’ai pas autant de couleur sinon.
Tu es magnifique. Quelle joie de te voir.
Ils la prennent chacun dans leur bras.
Il reste debout, et elle, elle s’assoit à ses côtés sur le lit.
Ils l’écoutent leur raconter son histoire…
La douleur dans ses jambes liée à l’enflure qui augmentait, jusqu’à cette nuit-là où les douleurs à son coeur l’ont menée à une détresse respiratoire, puis à l’ambulance…
Elle nous raconte sa dégénérescence rapide.
– Je marchais encore il y a trois semaines. Je ne comprends rien.
Je comprends que je tu ne comprennes rien!
Tout est allé si vite, si vite…
Et dire qu’à Noël dernier, elle avait pris l’autobus pour venir passer deux jours avec eux.
Elle avait même dormi à l’étage, sans qu’on s’inquiète des escaliers.
Ils sont là, avec elle, simplement.
Sans avoir besoin de se le dire — après 28 ans ensemble, ils ont atteint ce niveau de télépathie — elle sait qu’il a remarqué lui aussi, qu’ils sont les premiers à lui avoir apporté des fleurs.
Elle sait que, comme elle, il se demande :Comment se fait-il que les gens qui viennent visiter un malade à l’hôpital ne pensent pas à apporter des fleurs pour égayer la chambre?
À voir les autres lits dans les autres chambres, cette lacune semble effectivement sociétale.
Peut-être qu’il suffit simplement que quelqu’un parte le bal?
Si tel est le cas, alors ce sera lui le doux coupable, son fils.
Parce que son mec, c’est un homme de fleurs.
Il n’est peut-être que très rarement romantique, mais les fleurs ça, il y pense toujours.
C’était déjà inné en lui quand ils se sont rencontrés, et depuis que leur fils est mort, les fleurs, c’est presque devenu une religion.
Dès qu’elle apprend que ses pieds sont enflés, elle les regarde et s’étonne de l’ampleur de l’enflure — autant qu’elle s’étonne que personne ne lui ait encore proposé de les surélever.
Ça non plus ce n’est pas logique pour tout le monde?
Pieds enflés n’égale pas pour tout soignant de surélever les pieds?
What the fuck?
Par chance, il y a déjà un deuxième oreiller dans la chambre. Elle le glisse aussitôt sous ses pieds. Les soupirs de soulagement qu’elle pousse confirment l’initiative.
Elle en profite pour mettre aussi une serviette roulée sous ses genoux, question de la rendre encore plus confortable.
Elle prend note pour sa prochaine visite d’amener du gel d’arnica, qu’elle lui appliquera sur ses jambes et ses pieds.
Elle pense en silence aux bas de contention. Elle se demande si ça aurait pu prévenir cette enflure des pieds qui selon son histoire, semble avoir causé le grand mal à petit feu.
Mais elle n’est pas médecin ni gériatre, alors elle n’en sait rien. Cela restera une simple hypothèse des ses pensées silencieuses.
Elle lui propose de faire ses ongles pour passer le temps. Et elle est fière de lui dire qu’en plus, son vernis est l’un des plus naturels sur le marché.
Le choix de couleur s’arrête sur le rouge bordeaux.
Toutes les autres couleurs sont trop flash à son goût.
Avant de commencer, elle lui propose quelques sploush d’eau de rose.
– C’est quoi ça?
C’est de l’eau florale de rose. Tu verras, c’est comme la caresse d’une douce brise.
– Ok. Ferme les yeux.
spoush, spoush, spoush…
– Mmmm…
Avoue.
– J’avoue.
Elle le savait.
Elle savait qu’elle aimerait ça.
Qui n’aime pas les sploush d’eau de rose en plein de visage?
Personne.
Ce jour-là, elle aurait souhaité avoir le temps de lui proposer de prendre une douche, mais ils devaient partir pour éviter le traffic et arriver à temps à l’école des enfants.
Trois jours plus tard…
Les missions de la visite sont claires : permettre aux enfants de voir leur grand-mère… et l’aider à prendre une douche. Un autre bouquet est venu se joindre au décor, ce qui égaie sérieusement sa demie-chambre aux couleurs ternes.
Les enfants lui offrent leur petit cadeau : du chocolat au lait et une bouteille d’eau de rose juste pour elle!
Lui — le fils — prend soin des fleurs tout en lui parlant de tout et de rien.
Les orchidées et les tulipes offertes se portent bien.
On t’a apporté une doudoune de laine et des jambières pour te garder au chaud.
– Awnnn. Merci. Je suis vraiment contente.
C’est ma doudoune en plus grand-maman! Je te la prête.
Dis la petite-fille qui semble déjà dévoiler à toute sa famille sa nature de doula dans l’âme…
Tout comme sa mère.
Les coeurs de tous sont ainsi au diapason pendant presque qu’une heure.
Puis, heureux d’avoir vu leur grand-mère et d’avoir même partager un peu de chocolat avec elle, les enfants quittent avec leur père pour une visite au musée.
Un moment entre femmes.
Assise dans le fauteuil du coin de la chambre pendant qu’elle refait son lit avec des draps et alaise neufs, elles perlent entre femmes.
– Je suis gênée que tu me vois si maigre.
Je comprend, mais je t’assure et j’insiste, je peux te voir si maigre. Tu verras, après cette douche tu te sentira fraîche comme une rose !
Elle sait déjà où sont les serviettes et où est la douche.
Elle sait qu’il y a une chaise dans la douche, deux barres pour se tenir, des crochets et une tablette.
Une des membres du personnel lui a tout expliqué et elle a déjà demandé qu’on fasse monter un fauteuil roulant.
On prendra le fauteuil. Tu n’auras même pas à marcher.
– Je peux marcher.
Je sais, mais je te propose qu’aujourd’hui, prendre une douche soit ton activité du jour. Tu n’as pas à marcher en plus de ça. Il faut économiser ton énergie.
– Ok.
Le fauteuil arrive à la porte.
Elles rentrent aussitôt dans la danse.
Elle s’assure d’avoir tout ce qu’il faut.
De chez elle, elle a apporté son meilleur savon et un gant de toilette exfoliant.
Elle a pris un maximum de serviettes. Deux pour le corps, une pour la tête et une pour faire un tapis. Une cinquième n’aurait pas été de trop, mais ça elle l’apprendra lors de cette première fois-là.
La prochaine fois, elle pensera à la doudoune de laine, pour l’emmitoufler de la sortie de la douche jusqu’à son lit.
La prochaine fois, elle pensera aussi à l’encourager d’uriner dans la douche. Elle qui vit du pisse-minute avec tous les diurétiques dans son systèmes.
Elle apprend tout, au fur et à mesure.
C’est la première fois qu’elle incarne ce rôle : celui de doula pour une de ses aînées.
Mais elle comprend vite. Et surtout, elle comprend avec justesse.
Elle voit clair.
C’est presque facile.
Ces choses-là sont inscrites en elle depuis toujours.
Après tout, c’est l’histoire de l’humanité dans la grande roue de la vie.
Amener du DOUX, LÀ où il en faut, même dans la maladie.
Le faire avec présence, humilité et AMOUR.
Le faire parce que c’est ce qui est le plus juste, et le plus beau du monde dans les moments difficiles de ce grand passage de la vie.
L’amour, toujours.
Histoire à suivre…
K❤️