Je m’en souviens comme si c’était hier, et pourtant, ça fait plus de 20 ans déjà. J’avais 24 ans, j’étais à 41 semaines pile et ma sage-femme venait de m’annoncer qu’à l’échographie du monitoring foetal – pour dépassement de terme – ils estimaient mon bébé à plus de 4 kilos.
Pendant de longues minutes au téléphone, elle m’avait m’expliqué tous les risques d’avoir un bébé aussi gros.
«Ce n’est pas certain qu’il va pouvoir sortir, et s’il y arrive, il se peut fort bien qu’il reste pris aux épaules. C’est ce qu’on appelle une dystocie d’épaule. On en parlera plus au prochain rendez-vous. Mais déjà tu dois savoir que si ton bébé reste pris au moment de sa sortie, on doit faire des manoeuvres bien précises pour le sortir. C’est pour ça que vu ton gros bébé à venir, tu ne pourras pas accoucher dans l’eau comme tu le souhaitais.»
Gros bébé estimé = projet de naissance ébranlé
C’est ainsi qu’en un seul coup de fil de ma sage-femme, mon projet d’accoucher dans l’eau, en maison de naissance, a pris l’bord.
S’en est suivi une semaine crescendo de cortisol. Comme j’avais dépassé mon terme et qu’en plus mon bébé était estimé possiblement trop gros pour mon petit bassin de 24 ans, j’étais maintenant devenue une bombe à retardement.
Les deux autres échos -à chaque 2 jours- pour surveiller mon bébé passé date n’ont fait que renforcer les faits. Et chaque rendez-vous chez la sage-femme qui suivait l’échographie, se résumait à parler pendant de longues minutes de ma nécessité de collaborer en cas d’urgence liée à une dystocie d’épaule.
Au moment de l’accouchement, si tu te retrouve avec la tête de ton bébé sortie entre tes jambes et qu’on te dit de te tourner sur le dos, tu dois absolument la faire. Okay?
No wonder qu’à 41 semaines et 6 jours, mon gros bébé était toujours au chaud.
Ce jour-là, on planifia mon rendez-vous pour être induite à l’hôpital deux jours plus tard. Je suis rentrée chez moi dévastée.
Par chance, après avoir écrit une longue lettre à mon bébé la veille du rendez-vous de l’induction, mon travail a commencé spontanément et j’ai accouché mon bébé chez les sage-femmes en moins d’une heure après mon arrivée.
J’étais dans la baignoire jusqu’à la toute fin -le bain était coulé à mon arrivée, trop merci pour ça- mais on m’a forcée de sortir de l’eau dès la première poussée spontanée, à cause des risques de dystocie d’épaule.
Finalement, ma fille est née si vite entre ma sortie du bain et le banc de naissance que la sage-femme n’a même pas eu le temps de mettre ses gants!
Elle pesait 4,4 kilos.
Comme on dit parfois chez nous au Québec: Dans ta face, mon gros bébé!
Ce jour-là, une petite voix en moi m’a soufflé de ne plus jamais laisser qui que ce soit me dire que mon corps n’est pas capable d’accoucher mes gros bébés.
La suite est la suivante…
À l’époque j’étais déjà doula. Rapidement après la naissance de ma fille, je suis devenue l’apprentie d’une sage-femme traditionnelle pendant quelques années. Puis, en 2006, je suis rentré au Bac sage-femme, pour graduer en 2011.
Rapidement au fil de mes stages, je me suis rendu compte que les bébés de plus de 4 kilos naissaient en général sans soucis et même, assez rapidement. Cela dit, tout le monde les craignait dès le moindre doute à la palpation.
«J’ai l’impression que ton bébé aura un bon poids à la naissance. Si tu es d’accord, par mesure de prévention, j’aimerais que tu ailles faire un écho pour vérifier que son poids n’est pas trop gros…»
Et voilà, la table était mise pour la cascade d’intervention du gros bébé.
Déjà de dire ça à une femme enceinte en fin de grossesse, c’est tout sauf bon pour son trimestre de l’ocytocine.
Dire une telle chose à une femme enceinte en fin de grossesse, ça lui fait forcément se poser plein de questions, et c’est normal…
Est-ce que mon bébé est correct? Est-ce qu’il est gros parce que j’ai trop mangé? Est-ce que je vais pouvoir l’accoucher naturellement quand même? Qu’est-ce que je peux faire pour qu’il arrête de grossir à ce point? Si je mange moins, est-ce qu’il va maigrir un peu?
Je les ai toutes entendues ces questions.
Et la sage-femme, et les médecins d’en rajouter.
Comprenez-vous madame que si vous accoucher à la maison d’un si gros bébé et qu’il y a une urgence, vous serez trop loin de l’hôpital pour qu’on puisse sauver votre bébé? C’est pour cela que, vu la grosseur estimé de votre bébé, nous vous recommandons l’accouchement à l’hôpital, et même -parfois on ira jusque là- une césarienne.
Oui, j’ai entendu ces mots maintes et maintes fois. Et même de la bouche de sages-femmes. Mais les faits réels sur le terrain des naissances sont tout autre que cette légende urbaine qu’un gros bébé est un facteur de risque élevé.
Voici ce que j’ai vu et revu en ce qui concerne les gros bébés, après 23 ans de pratique comme doula et sage-femme.
Ce que j’ai vu et revu -et moi-même vécu pour mes 3 bébés sur 4 de plus de 4 kilos-, c’est qu’en général les gros bébés naissent assez facilement et rapidement, et même, que la plupart du temps le périnée de leur mère demeure intacte.
Ce que j’ai vu et revu aussi, c’est que l’échographie se trompe plus souvent qu’autrement dans l’estimation du poids foetal mais que personne ne semble prendre cela en considération quand on planifie une induction pour suspicion de gros bébé, ou pire encore, une césarienne.
J’ai déjà vu une femme se faire convaincre d’avoir une césarienne pour un bébé estimé autour de 5 kilos. Son béb. est finalement né -par césarienne- à 3,8 kilos. Révoltant.
L’estimation du poids fœtal par échographie n’est pas à prendre pour du cash.
On sait depuis longtemps que la marge d’erreur de l’échographie pour estimer le poids foetal est d’environ 10 %. Cela peut représenter jusqu’à 500 grammes en fin de grossesse.
Par exemple, si une échographie évalue un poids fœtal à 3 800 g, le poids réel à la naissance pourrait se situer entre 3 300 g et 4 300 g.
Sachez-le, l’échographie ne « pèse » pas le bébé. Pour estimer le poids foetal, elle utilise des formules basées sur des mesures comme le diamètre bipariétal -de la tête-, le périmètre abdominal et la longueur du fémur.
Non seulement, plus la grossesse est avancée, moins ces mesures sont fiables. Mais elles peuvent être influencées par plusieurs facteurs comme le gabarit de la mère, l’origine ethnique, la quantité de liquide amniotique, la qualité de l’appareil, et même, l’expérience du professionnel.
En résumé, cette marge d’erreur explique pourquoi certains bébés estimés gros naissent dans la moyenne, et inversement.
Mais c’est quoi un gros bébé au juste?
On estime un bébé comme étant GROS, s’il pèse plus de 4 kilos. On dira alors que c’est un bébé macrosome.
Si le bébé pèse plus de 4,5 kilos, on parlera alors de macrosomie sévère.
Ce que j’ai remarqué c’est qu’en cas de macrosomie sévère estimée, c’est là que parfois les professionnel.les iront jusqu’à changer le lieu de naissance vers l’hôpital, et même, à proposer une césarienne programmée.
Mais que craint-on vraiment avec les gros bébés?
Ce dont on a peur avec un gros bébé, c’est qu’il reste pris au moment de sa sortie. C’est-à-dire que sa tête naisse, mais que ses épaules se coincent dans le bassin de sa mère et qu’il risque ainsi une hypoxie foetal -manque d’oxygène-, ou même de mourir, si on n’arrive pas à le sortir rapidement.
Pour comprendre ce qu’est une dystocie d’épaule, il faut comprendre les 7 mouvements de la naissances, et particulièrement le mouvement de rotation interne que fait le bébé entre la sortie de sa tête et celle de son corps.
Pour bien faire cette rotation interne de ses épaules -ou bébé alignera parfaitement ses épaules avec l’angle de sortie du bassin- on doit absolument laisser le temps au bébé de bien tourner ses épaules entre la naissance de sa tête et la prochaine contraction, qui fera naître son corps.
Pourtant, ce qu’on voit le plus souvent dans le monde de l’obstétrique moderne, c’est que les professionnel.le.s ne laissent pas ce temps de pause au bébé pour qu’il arrive à tourner ses épaules.
La plupart du temps -en plus d’avoir une mère couchée sur le dos – le médecin ou la sage-femme se met de suite à tenter faire manuellement la rotation et ensuite, de tenter une traction sur la tête pour faire naître le bébé, et cela, même si ses épaules ne sont pas encore bien alignées avec la sortie du bassin. Créant ainsi -pas toujours mais souvent- un haut risque de dystocie d’épaule.
Ne me méprenez pas. Je ne suis pas en train de dire que toutes les dystocies d’épaule sont causées par la main d’un médecin ou d’une sage-femme. Je sais trop bien que même dans des conditions optimales, les dystocie peuvent arriver, qu’elle est réelle, et parfois fatale.
Ce que je suis en train de dire, c’est que particulièrement dans le cas d’une naissance de gros bébé -où il y a clairement moins de lousse dans le bassin-, il y a urgence de laisser ce temps de pause entre les contractions, pour que bébé aligne ses épaules dans le meilleur angle de sortie possible.
Parce que oui, si on tire sur sa tête trop vite pour essayer de le faire naître, il se peut que celui-ci coince ses épaules en chemin, et là, oui, on aura une dystocie d’épaule.
Bref, ce sujet pourrait être un billet de blogue en soit, alors je vais m’arrêter ici.
Et si la macrosomie était un signe de santé optimale?
Ma question est sérieuse. Cela dit, je ne pense pas que les petits bébés sont un signe de santé sous-optimale. Non, les bébés de petit poids normaux sont une réalité génétique et normale de certaines familles et là aussi il y aura tant à dire…
Cela dit, en ce qui concerne les gros bébés, après 23 ans de pratique comme doula et sage-femme, j’en suis venue à cette conclusion:
Quand les conditions sont optimales, le corps d’une personne enceinte en santé fabriquera toujours ses bébés au poids MAXIMAL PARFAIT qu’il sera en mesure d’accoucher, à condition qu’on le laisse tranquille.
GROS BÉBÉ = PLUS DE GRAVITÉ = ACCOUCHEMENT RAPIDE.
Bref, après 23 ans de pratique comme doula et sage-femme, je ne crois pas qu’un gros bébé chez une femme en santé avec une grossesse normale soit un problème d’emblée.
Je pense au contraire que c’est un signe de grossesse optimale. et même, l’annonce d’un accouchement qui risque d’aller vite et bien.
J’en suis donc venu à cette conclusion qu’un GROS BÉBÉ égale PLUS DE GRAVITÉ, ce qui égale donc, à un ACCOUCHEMENT RAPIDE!
No joke. C’est réellement ce que j’ai observé. C’est aussi les témoignages que j’ai le plus reçus. La preuve sous ce post que j’ai fait sur Instagram.
Bébé dans les 4,7kg (on ne l’a pesé que 24h après), née librement dans l’eau à la maison. Elle était estimée à 4kg. Une naissance rapide mais aussi très intense. Aucun saignement comparé à mes deux premiers bébés nés en maternité (avec révision utérine), l’eau de la piscine était transparente. Et un périnée parfaitement intacte. Mon plus grand bébé (4,9kg) a été le plus rapide et le plus doux…
En conclusion, les gros bébés, ça arrive, et ce n’est généralement pas un problème!
Je conclurai ce billet ainsi, les gros bébés, ça arrive et ce n’est pas un problème d’emblée.
Oui, parfois, dans certaines conditions, un gros bébé peut mettre plus de temps à naître et même, ne jamais arriver à naître vaginalement. Mais il en est de même pour les petits bébés.
Personnellement, je trouve même que les petits bébés ont plus tendance à se coincer en chemin, parce que justement ils ont plus de place pour défléchir leur tête, ou pour tenter de naître en position postérieure… mais ça aussi, c’est pour une autre discussion!
Bref, les gros bébés chez une femme en santé -sans diabète de grossesse hors contrôle- ça arrive, c’est normal, et la plupart du temps, si les conditions sont optimales, la naissance se passe bien.
La vraie question n’est donc pas celle du poids du bébé, mais plutôt de comment on met toutes les conditions optimales en place pour faire en sorte que le bébé -peu importe son poids- naisse le plus facilement possible?
Et c’est exactement pour ça que j’ai créé mes préparations virtuelles à la naissance! Pour vous aider à mettre en place ces conditions optimales qui favorisent un accouchement physiologique, peu importe le poids de votre bébé!