Préparer son postnatal est important, autant (sinon plus!) que préparer son accouchement.

Depuis que le monde est monde, materner et paterner sont les verbes qui viennent après celui d’accoucher. Malheureusement, l’ère moderne a tendance à nous déconnecter de ce continuum. Après la médicalisation à outrance de l’accouchement, la matérialisation de notre espèce semble nous faire perdre l’essentiel de la transition vers la parentalité.

Un nouveau-né d’à peine cinquante centimètres n’a pas besoin d’une chambre décorée à la Pinterest pour être heureux ou du dernier gadget sur le marché. Ses besoins sont simples et des plus basiques. Vous pouvez dépenser des milliers de dollars en poussette, nurserie et tralala, devenir parent ne sera pas plus facile pour autant si vous n’avez pas la disponibilité du coeur et de l’esprit.

J’ai écrit ce billet pour vous ramener à l’essentiel et vous aider à préparer un «baby Moon» instinctif et naturel.

La proximité, une prémisse de base

Rappelez-vous la longueur du cordon ombilical, plus ou moins la longueur de votre bras.

Dans sa grande sagesse, le cordon vient tracer la circonférence de la bulle qui relie le nouveau-né à ses parents. C’est dans cette même bulle que se joue les débuts de la famille.

Avec le temps, la bulle va s’agrandir. Si bien qu’un jour votre enfant partira à l’école sans même vous donner un bisou ! Ce jour-là, vous saurez que vous avez réussi à le rendre confiant. Mais d’ici là, il faut partir du début et respecter les étapes.

 

1. Restez au lit

Les premiers jours avec un nouveau-né sont un espace-temps absolument unique. Tellement de choses s’y jouent. Votre corps se remet de l’accouchement. La relation d’allaitement se construit. Vous découvrez et apprenez à connaître votre bébé. Vous vous découvrez vous en tant que parent.

Mettez-vous à la place du bébé, fraîchement arrivé dans un monde où tout est nouveau, à chaque instant. Si jusque-là il vous connaissait de l’intérieur, il vous découvre maintenant de l’extérieur. En même temps, il se découvre lui-même. D’abord comme une prolongation de vous et plus tard comme un être à part entière.  Ses sens sont hyper stimulés…le toucher, les sons, les odeurs, le froid, le chaud, les sensations dans son corps qui boit, qui digère, urine, fait des selles, et qui se transforme à chaque instant. Tout est intensément nouveau.

Rappelez-vous la longueur du cordon. Restez dans cette bulle de proximité, en peau à peau et collés. Parce que c’est là que se joue l’attachement et les débuts de l’allaitement. C’est aussi là que naît l’instinct, cet outil essentiel qui fera de chaque parent le spécialiste de son enfant.

L’horizontalité de la position couchée sera aussi bénéfique à votre périnée. Que vous ayez déchiré ou pas, le repos horizontal de ces tissus en postnatal immédiat est essentiel dans la prévention à long terme de l’incontinence urinaire et de la descente d’organe.

Postnatal idéal

 

2. Limitez les visites

Les deux premières semaines après l’accouchement, vous ne voulez pas que votre maison se transforme en musée où l’attraction est votre nouveau-né. Évidemment que le monde entier a hâte de le rencontrer, mais ce n’est pas quelques jours d’attente de plus qui vont changer ce fait. La première semaine après l’accouchement, votre priorité devrait être la proximité avec bébé, le repos et l’apprentissage de l’allaitement, le tout  à l’horizontal.

Dans ces premiers jours si précieux où le bébé construit son microbiome, cette flore de bactéries et micro-organismes qui le protégera pour sa vie entière, vous ne voulez pas que tout le monde touche votre bébé. Surtout pas votre vieille tante qui sent la cigarette. 

Priorisez la visite aidante et importante pour vous. Celle-là qui vient pour vous faire à manger, partir une brassée de lavage, s’occuper des autres enfants et les amener au parc. Cette visite doit être prête à vous voir couchée, les seins à l’air et avec du chou dans la brassière ! Elle ne vient pas pour prendre le bébé, mais bien pour tout faire autour. Pour que les parents puissent rester couchés et collés avec le bébé.

La visite qui vient pour «voir le bébé» en oubliant que derrière il y a une mère qui vient juste d’accoucher et qui apprend à allaiter, on la reporte à la deuxième ou troisième semaine postnatale.

Dans un postnatal idéal, la première semaine la mère est couchée avec son bébé et quelques petites abeilles bourdonnent autour d’elle pour s’occuper de faire rouler la maison.

Dans notre société moderne, c’est souvent l’autre parent qui assure ce rôle, mais si vous avez la chance d’avoir une mère, une amie ou quelqu’un d’important pour vous qui puisse vous aider dans ces premiers jours, c’est encore mieux si l’autre parent peut lui aussi se reposer et se coller à maman et bébé.

 

3. Préparez vos proches

Vous ne vous en doutez peut-être pas, mais il est fort à parier que déjà votre famille et vos amis ont un petit sac cadeau prêt dans leur placard pour «quand le bébé sera né». Bien que leurs intentions soient belles et sincères, ce cadeau vient parfois avec l’espoir d’être dans les premiers à voir le bébé, comme une passe V.I.P.

Mais si ces personnes ne font pas partie de celles que vous avez choisies pour assurer vos relevailles, je vous conseille de les préparer d’avance et de leur dire que vous ne voulez pas de visite avant au moins la deuxième semaine. Et préparez-vous à les décevoir, vous serez possiblement la première personne de leur vie qui leur «impose» une limite dans l’intimité de la bulle postnatale.

Expliquez-leur que c’est pour mieux vous reposer après l’accouchement, bien débuter l’allaitement et vivre vos débuts de famille en intimité.

Déterminez qui sera votre visite relevailles et tenez-vous en à ces personnes. Et si vous allaitez, assurez-vous qu’elles sont pro-allaitement. Vous ne voulez pas d’une vieille tante qui essaie de vous convertir à Nestle en plein milieu de la nuit !

 

4. Un espace nuit organisé

Si vous êtes en santé, ne prenez pas de médicaments pouvant affecter votre sommeil et que vous ne fumez pas, le sommeil en proximité  avec votre bébé est de loin l’option la plus simple et humaine dans la période postnatale immédiate. Rappelez-vous la longueur du cordon.

Pour que les nuits avec un nouveau-né s’inscrivent dans un continuum parental, il est possible de mettre certains éléments en place. D’abord, il faut accepter que votre bébé se réveillera la nuit pour boire. En moyenne, les bébés boivent aux 1h30-2h, parfois aux 2-3h, rarement aux 4 heures. Ils font aussi ce qu’on appelle de tétées groupées, c’est-à-dire qu’ils boivent sans arrêt pendant quelques heures et ce, au moins une fois par vingt-quatre heures. Vous allez donc allaiter la nuit, c’est inévitable.

En prénatal, pensez à préparer les tétées nocturnes et à organiser votre chambre en conséquence. De quel côté du lit dormez-vous? Vous voudrez installer un petit moïse ou un lit co-dodo de ce côté.

Dans ce  coin de  «survie nocturne», prévoyez une petite lumière tamisée, juste ce qu’il faut pour voir dans le noir sans trop réveiller bébé. Déterminez un espace pour y placer quelques couches, des débarbouillettes humides et un change, en prévision des langes nocturnes.

L’idée est de prévoir que la nuit, tout se fera à proximité de votre oreiller. Bébé dort près de vous. Quand il se réveille, vous le prenez sans vous lever du lit, vous l’allaitez, changez sa couche au besoin, et vous le recouchez. Du coup, vous n’avez pas quitté votre lit et tout ça s’est fait avec les paupières à moitié ouvertes.

La nuit, vous ne voulez pas ouvrir les lumières, amener bébé sur une table à langer,  lui parler en changeant sa couche et l’allaiter dans une chaise berçante en lui chantant des chansons. Ça, c’est une routine de jour et de soir. Là, ce qu’on veut c’est qu’il mange son repas nocturne en enregistrant que la nuit c’est ennuyant, silencieux et que maman est endormie. S’il fait une phase d’éveil en pleine nuit, ce qui est fort probable, laissez-le simplement être éveillé sans trop le stimuler. Avec le temps, ses éveils se transposeront vers le soleil…

Postnatal idéal

5. Des repas en banque

Conseil classique, mais indémodable, parce qu’essentiel. En prénatal, quand vous désespérez à trouver le temps long, cuisinez des petits plats pour ces premières semaines avec bébé. Muffins, sauce à spaghetti, lasagnes, pâtés, boules d’énergie, potages, etc. Cette réserve sera précieuse en postnatal immédiat.

Dans le même ordre d’idée, quand vous préparez vos proches à devoir être patients pour la première visite après la naissance, demandez leur d’amener un repas quand ils viendront vous voir.

Il y a une nouvelle tendance depuis quelques temps qui consiste à remplir le congélateur de la future maman quand on lui organise un shower ou un blessing way. En effet, un bon repas en pleine montée de lait est beaucoup plus utile qu’un hochet en forme d’éléphant !

Postnatal idéal

6. Être une équipe, avec 4 bras et 2 seins !

L’implication des deux parents dans l’éducation des enfants est de plus en plus grande avec les décennies et c’est tant mieux. En postnatal, l’autre parent est le phare de la nouvelle mère.

Avant, la nouvelle mère avait toute une meute de femmes autour d’elle qui l’aidait avec l’ouvrage de la maison et l’éducation des enfants. La nouvelle mère restait couchée avec son nouveau-né et quand elle se relevait, après plusieurs semaines de repos, elle était assez en forme pour reprendre son ouvrage.

Aujourd’hui, ces relevailles prennent la forme qu’on veut bien leur donner. Certaines familles ont de l’aide, mais la plupart s’organisent seules, en couple. L’autre parent devient donc un élément clé dans la qualité des relevailles de la mère. D’où l’importance de discuter en prénatal de l’implication de l’autre parent et de la répartition des tâches dans les premières semaines postnatales.

Je suis de celle qui prône la présence de deux parents au moins pour les deux premières semaines postnatales, idéalement le premier mois. Évidement je suis consciente que ce n’est pas toujours possible. Et ces semaines de congé parental ne sont pas des «vacances» ou une occasion de rénover la salle de bain!

Même si l’autre parent n’allaite pas, il va participer activement aux débuts de l’allaitement. Que ce soit en ajustant le coussin d’allaitement, en apportant un verre d’eau, en allant acheter du chou pour soulager la montée laiteuse ou encore simplement, en encourageant sa femme, en lui disant qu’il l’aime, et qu’il la trouve bonne.

Au-delà des tâches domestiques et du soutien moral, les premières semaines du postnatal sont aussi essentielles pour le lien d’attachement entre l’autre parent et son enfant. Prendre le temps de faire du peau-à-peau,  de porter bébé, le langer, le masser, ou simplement le contempler, sont des façons simples et instinctives  de devenir un parent impliqué.

7. Repos, repos, REPOS!!!

On ne le dira jamais assez, mais en postnatal il n’y a rien de plus important que de rester collée sur son bébé et de se reposer. Tout le reste du monde pourra attendre.

La première semaine, on conseille au moins deux siestes par jour. La deuxième, au moins une. Si vous suivez cette recette, à la troisième semaine vous devriez être assez en forme pour aller à votre rendez-vous chez la sage-femme ou le médecin et peut-être même aller faire l’épicerie en passant.

Le repos en postnatal immédiat, c’est de l’investissement à haut rendement pour le futur. Une maman reposée va produire plus de lait, être plus souriante et éventuellement plus rapide à reprendre ses responsabilités familiales.

 

8. Mangez bien et hydratez-vous.

Une saine alimentation et une hydratation optimale sont primordiales pour aider votre corps à récupérer de l’accouchement et à produire suffisamment de lait pour allaiter bébé.

Assurez-vous d’avoir toujours un verre d’eau à proximité, même la nuit. Mettez votre chériE là-dessus. Dites-lui qu’une de ses tâches est de remplir votre verre d’eau dès qu’il est vide. Quand on allaite, on a soif et il n’y a rien de plus désagréable qu’avoir soif à mourir quand on a un bébé accroché au mamelon !

Mangez ! Évidement entre la fatigue, le repos, les tétées et les changements de couches, vous n’aurez pas le temps ni l’énergie de cuisiner. D’où l’importance d’avoir fait des réserves en prénatal et d’avoir quelqu’un pour vous préparer vos repas.

Vous ne devriez pas avoir à faire vos repas dans les deux premières semaines postnatales, encore moins à faire la vaisselle. C’est votre chériE ou la personne qui assure vos relevailles qui sera en charge de ça. On vous nourrit et vous nourrissez bébé. Ainsi va la vie…

Bien manger pour un postnatal idéal

9. Prenez un bain à la chandelle

Oui, vous avez bien lu! Si vous avez pris soin en prénatal de bien organiser votre postnatal et vos relevailles, vous aurez du temps pour prendre un bain si vous en avez envie.

Demandez à votre chériE de s’occuper de bébé après que ce dernier ait bien bu et allez vous prélasser comme Cléopâtre dans un bon bain chaud avec du sel d’Epsom. Allumez une chandelle et mettez-vous de la musique. Une fois dans l’eau, fermez les yeux, respirez, contemplez votre ventre vide et mou, aimez-le, et remerciez-le pour ce petit bébé parfait.

Si jamais bébé a faim et ne peut plus attendre pendant que vous êtes dans le bain, pas de soucis! Osez rafraichir un peu l’eau, et prendre bébé avec vous pour l’allaiter dans le bain. Si vous êtes inquiète de la température, trempez un thermomètre dans l’eau et assurez-vous que la température ne dépasse pas 38 degré Celsius. Quand viendra le temps de sortir, rappelez votre chériE pour qu’il s’occupe d’assécher bébé pendant que vous sortez tranquillement.

Après le bain, prenez le temps d’huiler votre corps, vous brosser les dents, les cheveux… et souffler la chandelle en faisant un voeu.

 10. Acceptez d’être vous-même et profitez-en !

Avoir un nouveau-né, c’est magique. À condition d’avoir des attentes réalistes. En priorisant le peau-à-peau et le repos à l’horizontal,  vous augmentez vos chances de vivre une transition douce et agréable dans la parentalité.  Mais malgré ça, il y aura quand même des moments plus difficiles, acceptez-les et embrassez-les, c’est normal.  Exprimez vos émotions et votre fatigue, posez vos questions et n’hésitez pas à demander de l’aide. De cette façon, les gens autour de vous seront plus en mesure de vous fournir le bon soutien.

Et rappelez-vous que plus vous profitez de ces premiers instants de vie avec votre bébé, plus longtemps vous gardez le vortex de l’accouchement ouvert, l’endroit même où se crée l’attachement, où naît l’instinct parental et où le corps guérit le plus rapidement. Rien ne sert de précipiter les étapes, il viendra vite le jour où vous aurez besoin de sept heures de plus dans votre journée!

*** Je considère que l’allaitement est la norme biologique. Ce texte est donc écrit autour de cette prémisse. Cependant, je tiens à dire que je suis pro-choix dans toute les sphère de la vie, y compris l’allaitement, et je ne souhaite pas discréditer les mères qui décident de ne pas allaiter.  Je suis d’ailleurs très consciente que certaines femmes veulent allaiter, mais n’y arrivent tout simplement pas (hypoplasie mammaire, habitudes ou contexte incompatibles avec l’allaitement, etc.).